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Auguste WOLFF
à Paris (°1855)

1881

Auguste WOLFF
(1821 - 1887)
Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 06/03/1887
, p. 57 (gallica.bnf.fr)

"WOLFF (AUGUSTE-DÉSIRÉ-BERNARD), pianiste, compositeur et facteur français, chef de la célèbre maison de commerce de pianos connue aujourd'hui sous la raison sociale Pleyel-Wolf) et Cie, est né à Paris le 3 mai 1821.

Il fit d'excellentes études au Conservatoire, où il fut élève de Zimmermann pour le piano et d'Halévy pour la composition, et où il remporta, en 1839, en même temps que M. Victor Massé, un brillant premier prix de piano.

Peu d'années après, en 1842, il devenait professeur d'une classe de piano dans l'établissement dont il avait été l'élève; en même temps il s'occupait de composition et publiait, chez l'éditeur M. Richault, une trentaine de morceaux de divers genres pour son instrument.

Toutefois, M. Wolff conserva seulement pendant cinq années la direction de la classe qui lui était confiée. Bientôt, en 1850, il entrait auprès de Camille Pleyel, le célèbre facteur de pianos, devenait son associé en 1852, et en 1855, à la mort de cet homme distingué, prenait la direction de la maison, dont il n'a cessé d'être le chef jusqu'à ce jour.

Une existence nouvelle commença alors pour M. Wolff, qui, doué de qualités pratiques remarquables et d'un rare esprit d'invention, s'est distingué par les perfectionnements divers qu'il a apportés dans la fabrique des pianos, aussi bien que par l'ingéniosité et l'utilité de certaines découvertes intéressantes.

C'est à lui qu'on doit un système d'échappement double spécial à la maison Pleyel-Wolff, la construction des petits pianos à queue dont le succès a été si légitime et si considérable et des grands pianos à queue à cordes croisées, les nouvelles combinaisons de constructions métalliques applicables à tous les modèles pour les climats extrêmes, le pédalier destiné à faciliter aux jeunes pianistes l'étude de la pédale de l'orgue, et enfin le clavier transpositeur et la pédale tonale.

Le clavier transpositeur est un clavier mobile et indépendant, qu'on peut adapter sur tous les pianos, et qui, à l'aide d'une série de crans pratiqués à l'une de ses extrémités, se place de telle façon que le rapport variable de ses touches avec celles du clavier de l'instrument donne à l'exécutant la facilité d'opérer mécaniquement, tout en jouant dans le ton écrit, quelque transposition que ce soit.

Ceci est à la fois ingénieux et fort utile. Mais la pédale tonale, dont M. Auguste Wolff est aussi l'inventeur, part d'un principe musical plus élevé et rend un service artistique plus important.

Il arrive souvent que l'oreille est désagréablement affectée de l'effet produit par l'emploi inconsidéré de la grande pédale (pédale forte) du piano dans certains passages où cette intervention est beaucoup plus facheuse qu'utile; on a vu des artistes jusqu'à un certain point réputés, des virtuoses connus tomber dans cette erreur, et tenir la pédale ouverte dans des traits de rapidité des deux mains, ce qui donne une sonorité déchirante, ou, par exemple, après un changement de tonalité, jouer en ré alors que la pédale, toujours tenue par eux, fait résonner la tonalité précédente de si bémol.

C'est pour obvier à cet inconvénient déplorable, pour amener la disparition de ce défaut harmonique, que M. Auguste Wolff a inventé la pédale tonale, ou pédale harmonique, dont on a fait la description que voici : - « Au milieu des pédales ordinaires du piano, le forte et la sourdine, à l'usage desquelles rien n'est changé, se trouve la pédale tonale; elle correspond à un petit clavier d'une octave d'ut, situé au milieu du grand clavier du piano, mais sur un plan un peu plus reculé, à peu près comme un clavier de récit sur l'orgue.

On abaisse lestement sur ce pianominiature la note ou les notes qui forment l'harmonie fondamentale du passage, et elles vibrent doucement aussi longtemps que l'on tient la pédale du bas.

De cette façon, on obtient une harmonie pleine, moelleuse, qui abolit la sécheresse du piano, et, considération plus artistique encore, on rend fidèlement les modulations voulues par le compositeur ou commandées, si l'on improvise, par l'évolution de la pensée musicale.

Le pédalier de M. A. Wolff, non-seulement facilite aux organistes l'étude de la pédale, mais il permet aux pianistes de rendre les plus beaux effets que Bach, Mendelssohn, Beethoven, Chopin et autres grands maîtres du piano ont confiés aux tenues de pédale, et aussi de transporter par imitation, sur le piano, les tenues de cors, bassons et clarinettes, qui donnent tant de sonorité et de consistance à l'orchestration des symphonies et des opéras. »

Les travaux très-intéressants de M. Auguste Wolff, son activité, son esprit toujours en éveil, ont maintenu la maison Pleyel au premier rang des fabriques de pianos du monde entier, et lui ont conservé là supériorité qu'elle n'avait jamais cessé d'exercer.

Les principes élevés et libéraux de M. Wolff l'ont d'ailleurs poussé à associer, dans une mesure très-large, les ouvriers de cette maison à sa prospérité, et cela à l'aide d'une série d'institutions très-utiles, très-intéressantes, qui stimulent la bonne volonté de chacun et produisent les meilleurs résultats.

C'est ainsi que l'on voit fonctionner, dans la fabrique Pleyel-Wolff, une société de secours mutuels, une caisse de prêts sans intérêt pour les employés et ouvriers, une école où sont admis 60 enfants, une autre école où sont formés 45 apprentis; de plus, la maison entretient quatre boursiers à l'école fondée par la chambre de commerce, elle a formé un orphéon, et enfin elle tient à la disposition de son personnel une bibliothèque, un gymnase et une chapelle.

M. Wolff, d'ailleurs, n'oublie pas qu'il a été et qu'il est resté un artiste fort distingué. Président d'honneur de la Société des compositeurs de musique, il met à la disposition de cette compagnie les locaux nécessaires à ses travaux et à ses séances, et celle-ci lui doit la fondation d'un prix permanent à laquelle elle a donné le nom de prix Pleyel-Wolff, et qui, chaque année, est destiné à la mise au concours d'une œuvre importante pour piano, avec ou sans orchestre; lorsque cette œuvre exige un accompagnement d'orchestre, M. Wolff prend à sa charge personnelle tous les frais que nécessite son exécution publique.

On ne saurait, dans tous les cas que nous venons d'énumérer, agir avec plus de générosité, d'intelligence, et, soit comme artiste, soit comme grand industriel, mieux encourager, sous tous les rapports, tout ce qui, de près ou de loin, se rattache directement ou indirectement à l'art et à sa plus grande expansion possible." Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de ..., Volume 2, 1881, p. 679

1887

NECROLOGIE

"M. Auguste Wolff, chef de la maison Pleyel, a été douloureusement frappé cette semaine dans ses plus chères affections. Il a perdu une petite fille qui touchait à sa septième année, enlevée subitement à l'affection de ses parents désolés." Le Ménestrel, 17/05/1874, p. 192 (gallica.bnf.fr)

"Un artiste fort distingué, un galant homme, un homme de coeur, de bien et de talent, le chef d'une des plus importantes entreprises industrielles de Paris, de la France et du monde, M. Auguste Wolff, directeur de la célèbre maison Pleyel-Wolff, est mort dans la nuit de mardi à mercredi, à l'âge de 65 ans.

M. Wolff, qui était connu de tout le Paris artiste, avait commencé par être un artiste pratiquant. Élève de Zimmermann et d'Halévy au Conservatoire, il remportait en 1839, avec notre pauvre Massé, qu'il aura suivi de près, un brillant premier prix de piano.

Bientôt, et tout en s'occupant de composition, il devenait lui-même professeur de piano dans l'école dont il avait été l'élève; mais, étant devenu l'associé de Camille Pleyel dans sa fabrique de pianos, la mort de celui-ci le laissa à la tête de cette importante maison, à laquelle il se consacra désormais tout entier.

Il montra dans cette nouvelle carrière autant d'initiative, autant de talent, autant d'intelligence et d'activité qu'il en avait déployé dans sa carrière artistique. On lui doit, dans la facture de pianos, des perfectionnements et des inventions remarquables, entre autre la « pédale tonale » qui rend de très réels services, et la haute situation que M. Wolff s'était acquise lui valut le ruban de chevalier de la Légion d'honneur.

Il faisait partie des jurys de toutes les expositions, dont il était souvent nommé président. Mais si, chez M. Wolff, l'artiste était remarquable, l'homme était digne de tous les respects et de toutes les sympathies. Adoré de ses ouvriers, qu'il avait, par le fait d'une participation intelligente, associés à la prospérité de sa maison, il était toujours prêt à s'employer pour tout et pour tous.

Toujours bon. charitable et dévoué, ce n'est jamais en vain qu'on frappait à sa porte et qu'on s'adressait à lui. Nous n'oublierons jamais, à la Société des compositeurs de musique, les services sans nombre qu'il n'a cessé de nous rendre et l'expansion que, grâce à lui, à son inépuisable générosité, a pu prendre notre compagnie.

Ce n'est pas une phrase banale que de dire que l'art et les artistes perdent plus qu'on ne saurait dire en perdant cet excellent homme, au coeur si haut placé. IL n'est pas besoin de dire si tout le Paris artiste s'était rendu aux funérailles d'Auguste Wolff. Faure y a chanté son Pie Jesu au milieu du profond recueillement de l'assistance." ARTHUR POUGIN. Le Ménestrel, 13/02/1887, p. 88 (gallica.bnf.fr)

"A mort récente de M. Auguste Wolff vient de faire un grand vide dans le monde artistique, et si nous avons tenu à publier aujourd'hui le portrait de la biographie du chef distingué de la maison Pleyel, Wolff et Cie, c'est que son talent d'artiste, ses connaissances techniques, les brillantes qualités administratives dont il a fait preuve comme directeur de l'une des plus importantes manufactures de pianos du monde entier, aussi bien que l'aménité de son caractère et les sympathies unanimes qu'il s'est acquises, ont laissé parmi tous ceux qui l'ont connu, amis, associés, ouvriers ou employés, d'ineffaçables souvenirs qui sont autant d'enseignements et d'exemples dont le récit devait avoir sa place marquée au premier rang dans notre galerie contemporaine.

Né à Paris le 3 mai 1821, Auguste-Désiré-Bernard Wolff manifesta de bonne heure de grandes dispositions, nous pourrions dire une véritable vocation, pour l'art musical.

Elève de Zimmermann pour ls piano, d'Halévy pour la composition, ses études au Conservatoire furent couronnées, en 1839, par un premier prix de piano qu'il obtint en partage avec Demarie et Victor Massé.

Musicien et exécutant de premier ordre, il devint, en 1842, professeur de piano au Conservatoire, dans la classe même dont il avait été l'élève; il y marqua son passage, pendant cinq ans, à la fois par un enseignement qui a fourni les pianistes les plus distingués et par des compositions musicales de divers genres qui obtinrent dans le monde artiste un légitime succès.

Ce n'est qu'en 1850 que son talent lui ouvre les portes de la maison Pleyel, dont il devient l'associé deux ans plus tard, pour en prendre la direction en 1855, après la mort de Camille Pleyel auquel nul, mieux que lui, n'était digne de succéder, comme administrateur, comme musicien, comme savant et comme travailleur infatigable.

Mais le récit de cette carrière aussi brillante que laborieuse est si intimement lié à l'existence et aux développements de la maison Pleyel, Wolff et Cie, que nous sommes contraint de remonter aux origines de cette entreprise, pour mieux expliquer la grande part qui revient à M. Auguste Wolff dans sa prospérité, son extension, ses succès et sa réputation universelle.

Fondée au commencement de ce siècle par M. Ignace Pleyel, élève et ami de Haydn, la maison n',entreprit la fabrication des pianos qu'après s'être fait connaître pendant quelques années comme M. AUGUSTE WOLFF éditeur de musique et en particulier des œuvres d'Haydn.

C'est à ce moment que M. Camille Pleyel, fils du fondateur, musicien distingué et pianiste de talent comme son père, reçut des mains de celui-ci la direction des ateliers.

Après la mort de M. Ignace Pleyel, son fils, comprenant la grande tâche qui lui incombait, donna aux travaux de la manufacture une impulsion de plus en plus vive, obtint en 1827 la médaille d'or, et plaça cet établissement au premier rang de son industrie à force de persévérance et de travail.

Nommé, en 1845, chevalier de la Légion d'honneur, il fut mis, comme expert près le jury, en 1849, hors concours.

L'année suivante, il se faisait d'Auguste Wolff un collaborateur précieux et un ami dévoué et au moment qu'il mourait, en 1855, ses travaux allaient obtenir, à l'Exposition universelle, la médaille d'honneur qui fut recueillie comme un pieux héritage par celui qui était devenu son associé depuis trois ans, et dont nons avons entrepris ici d'étudier l'oeuvre spéciale.

Sous la direction d'Auguste Wolff et grâce à l'activité prodigieuse qu'il déploya, aux perfectionnements nombreux qu'il introduisit dans la construction des pianos, la maison a suivi depuis 1855 une marche ascendante, où l'on peut dire qu'elle n'a remporté qud des succès.

La production annuelle qui variait de 1,000 à 1,200 pianos à cette époque, s'est élevée progressivement depuis lors et atteint aujourd'hui le chiffre de 2,600 à 3,000 instruments.

La maison possède quatre établissements distincts :

L'usine établie à Saint-Denis sur un terrain de quatre hectares, chemin de la Révolte et boulevard d'Epinay, c'est là que sont transformés, à l'aide d'un puissant outillage mû à la vapeur, tous les matériaux, bois et métaux, qui concourent à la construction des instruments ;

La maison de la rue Rochechouart, comprenant plusieurs ateliers, des salons de vente, la grande salle de concerts connue sous le nom de salle Pleyel- W oltf, et le siège des bureaux de l'administration centrale de l'entreprise ;

La succursale, 52, rue de la Chaussée-d'Antin, pour la vente et la location ;

Enfin, la succursale de Londres, New Bond Street. Sans qu'il nous soit possible d'exposer dans tous ses détails l'organisation si complète de l'usine de Saint-Denis, nous essaierons néanmoins, en parcourant les principaux services qui y sont installés, de donner à nos lecteurs un aperçu de la puissance et de l'étendue des moyens d'action de cette vaste entreprise.

Dans les chantiers sont accumulés en permanence et classés par catégories, pour une valeur d'un million, les différentes essences de bois qui concourent à la fabrication du piano : pour la construction, chêne, hêtre, sapin, tilleul, tulipier, noyer d'Amérique; pour la mécanique, poirier, cormier, olivier, charme, érable, hiccory (bois d'Amérique); pour l'ébénisterie, palissandre, acajou, poirier teint ou bois noir, noyer, loupe d'Orient et divers autres pour les pianos riches ornementés.

Parmi ces bois, on distingue les essences françaises et les essences exotiques.

En France, ce sont les forêts du Nouvion, de l'Aigle, de Compiègne et de Villers-Cotterets qui donnent à l'usine toutes ses variétés de chêne ; la Haute-Marne et les Ardennes fournissent le hêtre. A l'étranger, la Russie fournit les merrains; Riga et la Norvège les sapins; le sapin de table d'harmonie, l'épicéa, vient de Suisse, du Voralberg, de la Transylvanie, etc., etc.

Tous ces bois, choisis aux meilleures sources de production et sur les grands marchés de France et de l'étranger, arrivent à l'usine en grumes ou en plateaux et y sont, d'abord, suivant leur nature et leur essence, répartis pour être séchés soit à l'air libre dans les chantiers découverts, soit dans des hangars couverts, après quoi ces mêmes bois dépilés sont portés au séchoir clos, après avoir été débités pour l'usage auquel on les destine.

Le hangar ne mesure pas moins de 20 mètres de large sur 60 de long. Le séchoir clos mesure sur deux étages 39 mètres sur 12 mètres. Il est assez vaste pour contenir en permanence la matière de 1,500 à 2,000 pianos.

Dans la scierie mécanique, les bois, suivant leur nature, leur destination et leur rôle, sont débités en planches ou en placages, puis en morceaux qui sont soumis ensuite à des façonnages mécaniqups ultérieurs.

Les planches, feuillets ou placages sont ensuite empilés pour séchage à l'air libre ou en lieu clos, comme nous venons de l'expliquer plus haut.

Nous n'avons pas l'intention de décrire le rôle 9 des différents appareils de la scierie, tels que : la 1icie verticale alternative, la scie à lame sans fin avec chariot et agrafes, la fraise ou scie circulaire à axe fixe, la scie à cylindres entraîneurs à lame sans fin, puis les raboteuses dégauchisseuses, la toupie simple, la scie à ruban à chantourner ou trembleuse, un appareil horizontal à mortaise, un tour à bois à mouvement parallèle, des varlopeuses circulaires, etc., etc., autant de machines perfectionnées qui fonctionnent avec une admirable régularité ; nous avons parcouru également la forge, l'a serrurerie, le laboratoire pour l'analyse des métaux, les essais de vernis, de matières colorantes, les ateliers pour le blanchiment de l'ivoire à l'eau oxygénée, avec leurs appareils ingénieux, les ateliers de barragiers pour la construction de la carcasse et de l'ossature des différents modèles de pianos, puis ceux des caissiers monteurs, des tableurs, des monteurs de cordes, des finisseurs et des vernisseurs.

C'est à Paris, dans les ateliers de la rue Rochechouart, qu'après le vernissage, le piano sorti de l'usine de Saint-Denis, est livré aux régleurs, accordeurs, réviseurs qui se le repassent de main en main, jusqu'au moment où il est prêt à être expédié et livré.

Par ce simple coup d'œil jeté sur les travaux de l'usine de Saint-Denis) sur l'outillage dont elle est pourvue, sur l'organisation et l'installation méthodique de tous les services, sur la division du travail, on voit déjà toute la puissance des conceptions qui ont présidé à la création de cette entreprise et l'on peut juger par toutes les améliorations et tous les perfectionnements introduits depuis plus de trente ans dans les pianos de la maison Pleyel, Wolff, et Cie, de la part considérable qui revient à M. Auguste Wolff dans la prospérité toujours croissante de cette grande manufacture.

Ce sont ces perfectionnements et ces amélioralions que nous allons examiner et qui nous montreront en M. Wolff un homme particulièrement doué de cet esprit pratique et de ce génie inventif qui caractérise toutes les œuvres vraiment durables de notre époque.

Nous examinerons surtout, parmi ces créations, le clavier transpositeur, la pédale tonale et le pédalier. Presque tous les pianistes connaissent aujourd'hui le clavier transpositeur de la maison Pleyel, Wolff et Cie.

C'est un clavier mobile, indépendant de l'instrument proprement dit et qu'on peut adapter à tous les pianos. Il se place sur le clavier iixe et peut être avancé ou reculé d'un ou de plusieurs tons ou demi-tons, à l'aide d'une série de crans placés à l'une de ses extrémités ; chacune des touches du tianspositeur correspondant à une touche du clavier fixe, en reculant le premier d'un demi ton par exemple, avec un morceau noté en si bémol, l'exécutant guidé sur la même notation jouera le même morceau en la majeur, c'est-à-dire un demi-ton au-dessous du ton marqué.

Le morceau tout entier se trouvera ainsi transposé mécaniquement, sans que l'exécutant ait eu la peine de changer son doigté et de mettre son imagination à la torture pour improviser une transposition parfois très compliquée dans les traits rapides et surtout si la mélodie comporte un grand nombre d'accidents.

Les transpositions sont souvent demandées dans les concerts, dans les salons ou dans les répétitions lyriques par certains chanteurs auxquels elles permettent de ne pas fatiguer inutilement leur voix, ou par des amateurs qui interprètent mieux un morceau de chant dans tel ton que dans le ton marqué par le compositeur.

Les applications du clavier transpositeur sont d'ailleurs très nombreuses, et la création de ce clavier est considérée par tous les instrumentistes et les accompagnateurs comme un des plus grands services qui aient jamais été rendus à l'art instrumental par la maison Pleyel, Wolff et Cie.

Quant à la pédale tonale, dont M. Wolff est l'inventeur, elle vient se placer au milieu des pédales forte et sourdine, et a pour effet de faire vibrer un petit clavier d'une octave dhit annexé au clavier principal, dans le ton des modulations successives d'un morceau, de manière à remplacer dans un ton juste, la résonnance désagréable d'une modulation précédente au cours de la modulation ultérieure, cette dernière ayant modifié le ton et l'accord précédents.

En d'autres termes, la pédale tonale, aidée du petit clavier auquel elle correspond impose silence aux notes persistantes d'une modulation abandonnèe pour les remplacer, toujours en temps utile, par une harmonie opportune qui suit pas à pas toutes les évolutions de la pensée musicale du compositeur ou de l'improvisateur, appareil merveilleux, en un mot, qui assure la docilité complète, absolue, de l'instrument à tous les caprices, à toutes les fantaisies de l'exécutant et qui lui permet d'interpréter pour ainsi dire mathématiquement jusqu'à la pensée la plus fugitive du compositeur.

Une autre création de M. Wolff, le pédalier, fournit aux organistes un instrument non moins précieux pour obtenir les grands effets confiés aux tenues de pédales, à l'imitation des cors, des bassons et des clarinettes, par les Bach, les Mendelssolin, les Beethoven et les Chopin, dans l'orchestration des symphonies et des opéras.

Il y a là une ressource merveilleuse de sonorité et de consistance qui permet de rendre avec une incomparable puissance, toutes les nuances et tous les effets grandioses de la pensée des maîtres.

Citons enfin plus sommairement, mais pour les indiquer toutefois, parmi les perfectionnements dont l'industrie des pianos est redevable à cette grande manufacture, un système d'échappement double qui offre encore de grandes ressources à l'interprétation ; la construction de pianos à queue de petits modèles qui ont obtenu un très grand succès; celle de grands pianos à queue flont on a quadruplé la puissance de sonorité en leur faisant l'application du système des cordes croisées; et enfin de nouvelles combinaisons de construction métallique intérieure,applicables à tous les modèles et assurant la solidité de l'instrument et le maintien de l'accord dans les climats extrêmes, froids ou torrides ; et nous aurons complété l'aperçu que nous voulions donner, à grands traits, des services rendus à l'art instrumental par la maison qui nous occupe et en particulier par le précieux concours technique et artistique dont elle est redevable à la direction savante de M. Auguste Wolff pendant plus de trente années.

Il nous reste à dire quelques mots du caractère de l'homme de bien dont nous venons d'examiner les travaux et à faire connaître les côtés éminemment humanitaires qni assignent à son œuvre la haute portée morale d'un enseignement et d'un exemple pour tous les chefs de la grande industrie.

Auguste Wolff n'était pas seulement un travailleur infatigable initié aux moindres détails de la fabrication de toutes les pièces constitutives du piano, caisses, claviers, mécaniques, marteaux, cuivrerie, serrurerie, ébénisterie, etc., apte à diriger tous ces genres de travaux multiples et complexes, et se faisant honneur de ne rien ignorer des plus humbles détails comme des grandes lignes de l'ensemble; Auguste Wolff avait aussi à cœur toutes les mesures d'hygiène intellectuelle et morale, de sécurité,, d'instruction, d'humanité, en un mot, pouvant intéresser le nombreux personnel de l'usine.

Auguste Wolff était un philanthrope dans la plus large et la plus généreuse acception du mot. Une intéressante brochure écrite, dans un style aussi clair qu'il est savant et précis, par M. G. Lyon, ancien élève de l'Ecole polytechnique, ingénieur civil des mines, gendre de M. Aug. Wolff, ; nous initie non seulement à la partie technique, des travaux de l'usine, mais au côté moral de' l'œuvre que nous examinons en ce moment.

A l'occasion des mesures de sécurité prises en faveur  des ouvriers de la manufacture, voici comment s'exprime M. Lyon : « Nulle part, les précautions contre les accidents i d'hommes ou de choses ne sont plus intelligemment prises, de l'aveu même des ingénieurs des mines au service de l'Etat, ou des commissions de surveillance préfectorales ou départementales, et jamais aucune de leurs demandes visant la sécurité, le bien-être même des hommes, n'a été l'objet d'un refus.

« Les ouvriers sentent qu'on les considère comme autre chose que des machines et que jamais l'appui qu'ils méritent ne leur fera défaut. Enfin une justice absolue règne dans tous les rapports entre ouvriers, contre-maîtres et direction. Aussi voit-on nombre d'ouvriers ayant 20, 25 et 30 ans de séjour à l'usine. Plusieurs familles y comptent deux et trois générations de travailleurs. »

On ne peut en moins de lignes faire un plus bel S éloge de l'œuvre de Wolff.

Quand nous aurons dit que, dans le pays, aux alentours de la fabrique, une compagnie d'archers a reçu de M. Wolff le terrain nécessaire à son stand, que des sociétés de consommation ont été créées par les ouvriers de la maison dans le but d'échapper à la rapacité de certains détaillants et d'obtenir, à meilleur compte, une alimentation saine et abondante; quand nous aurons dit qu'une compagnie de pompiers tirée du personnel a été créée avec les installations, prises d'eau, lances, et tous les engins nécessaires pour arrêter tout incendie à son début, que toutes les précautions sont prises d'ailleurs pour empêcher toute accumulation de matières et poussières inflammables ; quand nous aurons dit que la maison a fondé pour ses ouvriers anciens les plus méritants, des pension ; viagères de retraite de 365 fr. par an, dont jouissent, à la limite d'âge, même ceux qui sont encore en état de travailler et de joindre à cette petite pension la rémunération de leur travail ; si nous ajoutons que la maison applique chaque année une part de ses bénéfices à l'amélioration du sort de ses ouvriers et que c'est à l'initiative de M. Auguste Wolff que sont dues la plupart de ces fondations, on reconnaîtra, sans nul doute, que nous sommes, sinon en présence d'une solution définitive, du moins en face de l'une des plus heureuses et des plus généreuses tentatives mises en pratique en vue de résoudre le grave problème des rapports du travail et du capital et d'obtenir, par une amélioration progressive du sort des ouvriers, que tous les collaborateurs d'une même œuvre s'y intéressent individuellement comme à une chose qui leur appartient et à laquelle les attachent des intérêts communs de prospérité et de solidarité.

Ajoutons, en ce qui concerne plus personnellement M. Auguste Wolff, qu'il a fondé, exclusivement pour les ouvriers de l'usine : une société de secours mutuels, une caisse de prêts, sans intérêts, pour les employés et ouvriers, une école pour leurs enfants, qui en reçoit actuellement plus de soixante, une école professionnelle où sont admis plus decinquante apprentis ; de plus, il a institué l'entretien, par la maison, de quatre boursiers à l'école fondée par la Chambre de commerce de Paris; signalons aussi la création d'un orphéon, ainsi que celle d une bibliothèque, d'un gymnase et d'une chapelle, qui sont entièrement à la disposition du personnel.

Rappelons enfin qu'en sa qualité de président d'honneur de la Société des compositeurs de musique, M. Auguste Wolff est le fondateur du prix Pleyel-Wolff que cette Société décerne chaque année, au concours, à l'auteur d'une œuvre importante pour piano.

Homme d'action et d'initiative, travailleur infatigable, passionnément épris de son art, innovateur hardi et pratique, doué de toutes les qualités de cœur et de conscience, de loyauté et de générosité qui caractérisent l'homme intègre et l'homme de bien, Auguste Woltf ne laisse que de bons souvenirs à tous ceux qui l'ont connu et qui l ont aimé.

On pouvait s'en convaincre au profond sentiment de tristesse et au sympathique recueillement de la nombreuse assistance qui s'était rendue à l'église Saint-Vincent-de-Paul le jour de ses funérailles.

Il n'est pas un de ses confrères qui n'ait eu à se louer de ses bons offices toutes les fois que, dans les expositions, par exemple, sa haute situation lui permettait de leur être utile ; pas un de ses ouvriers ou de ses employés dont il n'ait emporté les regrets et les souvenirs affectueux.

Au lendemain de sa mort, toute la presse retraçait avec émotion cette carrière si honorable et si vaillamment remplie.

Nous avons encore sous les yeux les articles que lui ont consacré, il y a un mois à peine, Oscar Comettant, dans le Siècle; H. Rémaury dans le Génie civil; Arthur Pougin, dans le Ménestrel; Alphonse Duvernoy, dans la République française; Jules Prével, dans le Figaro, et nous constatons dans tous ces écrits aussi bien que dans le discours prononcé sur la tombe par M. de Joncières, le témoignage aussi unanime que spontané de l'estime et des sympathies universelles qui restent àttachées à la mémoire de ce grand nom, de ce nom sans tache que laisse Auguste Wolff à sa nombreuse famille, comme le patrimoine indestructible de l'homme qui a passé en faisant le bien. - A. CORROYER." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 06/03/1887, p. 57-59 (gallica.bnf.fr)

1893

"Le successeur immédiat des deux Pleyel, Auguste Wolff, était lui-même un exécutant remarquable avant d'aborder les problèmes de la mécanique du piano. Le nom d'Auguste Wolff mérite une mention spéciale à double titre comme artiste et comme technicien.

Neveu d'un des chefs de notre Ecole française, d'Ambroise Thomas, et élève de Kalkbrenner, A. Wolff était désigné naturellement pour prendre la succession des travaux qu'il a conduits pendant plus de vingt ans de la manière la plus distinguée. A. Wolff a été, à son tour, un novateur des plus ingénieux.

Ses études d'acoustique et de mécanique ont eu pour resultat la création du piano à queue petit modèle, le clavier transpositeur et le pédalier.

Les compositions musicales exigeaient de plus en plus des ressources d'exécution pour lesquelles le piano droit ne suflisait pas toujours; c'etait donc pour les facteurs un problème nouveau à résoudre celui de faire entrer au salon, avec les dimensions que ce milieu requiert, le piano à queue réserve longtemps à la salle de concert.

L'ingénieuse solution de cette difficulté est la création, par Auguste Wolff, du piano à queue, petit modèle, à cordes croisées. Gràce à cet instrument baptisé par Gounod du nom de crapaud nous pouvons nous donner à nous-mêmes des interprétations fidèles de cette musique moderne du piano à caractère polyphonique ou chromatique, comme les grandes pièces de Liszt et de César Franck, dont les sonorités restaient prisonnières et enchevêtrées dans un piano droit.

Le pédalier est un instrument à clavier pour les pieds, analogue à celui des organistes. Il est absolument indépendant du piano, peut s'adapter aux instruments de tous modèles et s'enlever à volonté. De même, le claviertranspositeur, providence de ceux qui ne sont pas capables de jouer à vue un accompagnement dans un ton différent de celui de la partition.

C'est un clavier mobile qui se superpose au clavier ordinaire; selon qu'on le fait avancer de plusieurs crans à droite ou à gauche, il transpose automatiquement le morceau d'un ou plusieurs tons, tandis qu'on l'exécute tel qu'il est écrit Chevalier de la Légion d'honneur en 1863, A. Wolff avait été nommé membre du jury l'Exposition universelle de Paris, en 1867.

A sa mort (en fevrier 1887), c'est M. Gustave Lyon, ancien élève de l'école polytechnique, ingénieur bieveté du Gouvernement, gendre de A. Wolff et son collaborateur depuis cinq années, qui a pris la direction de la maison." La Salle Pleyel, Pradel Léon, 1893, p. 134-136 (gallica.bnf.fr)

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PLEYEL, fabrique de cordes

PLEYEL contra SAX (1851)

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Pianos français 1850 - 1874


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