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ALEXANDRE Père & Fils
à Paris (°1829)


1855

MM. ALEXANDRE, PÈRE ET FILS,
INVENTEURS DE L'ORGUE-MÉLODIUM.

"Médaille d'honneur à l'Exposition universelle de 1855. En appelant sous un même drapeau celui des arts et de l'industrie, tous les hommes de travail et d'intelligence, l'Exposition universelle nous a montré dans sa glorieuse arène tout ce que les sociétés, dans ce siècle de progrès et de lumières, ont su découvrir ou perfectionner.

Le génie nous a montré ses chefs-d'œuvre le travail ses fruits, multiples, variés à l'infini, diversement utiles, mais s'harmonisant tous dans leur imprévu et leur nouveauté, car ils ont une source commune, tendent vers un même but, semblables à ces fleuves rapides qui se sont formés goutte à goutte et vont ensuite, dans leur marche irrésistible, répandre la fertilité et l'abondance dans les contrées les plus lointaines.

L'industrie s'est ouvert, de nos jours, une voie large, universelle et féconde, d'où ressortent pour les siècles futurs de nouveaux éléments de bien-être, de progrès et de civilisation. Les arts aussi, flambeau de la vie intellectuelle, ont payé leur tribut à l'Exposition de 1855, et sont venus mêler leurs brillants produits à ceux de la science et du labeur, noble alliance qui fait rêver à un avenir de paix, même au milieu de la tourmente.

Les ateliers d'ALEXANDRE Père & Fils

Parmi les mille créations dues à notre siècle et accumulées dans l'enceinte du Palais de l'Industrie, les artistes, les amis du progrès, ont admiré avec une vive sympathie un instrument qui est à lui seul le résumé de l'histoire de l'art musical à notre époque :

c'est L'ORGUE EXPRESSIF ou MÉLODIUM.

Chacun a pu entendre les sons mélodieux, purs et complexes de cet instrument unique; mais il est peu de personnes qui sachent quels efforts d'intelligence, de travail, de persévérance, il a fallu accomplir pour arriver à donner à l'art musical un interprète aussi parfait, et qui en est comme la personnification moderne.

Citer cet instrument, c'est parler d'un nom célèbre dans le monde artistique, celui de MM. Alexandre, père et fils. La maison Alexandre, considérée sous le point de vue matériel, s'est acquis une importance qui la place au premier rang, ou plutôt lui donne un rang unique pour la fabrication du noble instrument artistique, qui est l'œuvre de ces habiles facteurs.

Cette appréciation est le résumé d'une superbe notice que M. Adam, de l'Institut, vient de consacrer aux beaux et utiles travaux de MM. Alexandre, père et fils.

Cette maison fut fondée en 1829, rue Meslay, et transportée, plus tard, boulevart Bonne-Nouvelle, 10, à cause de l'immense extension de ses affaires, qui s'élèvent aujourd'hui au chiffre de 1,500,000 francs par an.

Ses magasins d'exposition sont de vastes entrepôts, qui contiennent, depuis l'Orgue à un jeu jusqu'au Piano-Liszt, pour plus de 500,000 francs d'instruments prêts à être livrés.

Quatre cents ouvriers sont constamment occupés dans les ateliers de ce magnifique établissement, qui fait vivre un nombre considérable de familles.

Pour donner au commerce de leur maison tout le développement possible, MM. Alexandre, père et fils, n'ont reculé devant aucun sacrifice : des dépôts ont été établis à grands frais dans toutes les parties du monde, et de riches magasins, confiés à des correspondants, offrent aux artistes et aux amateurs le moyen d'apprécier et de se procurer l'instrument nouveau, qui est presque aujourd'hui l'instrument universel, car il est peu d'églises ou de chapelles, d'établissements publics, d'hôtels, de bateaux à vapeur et de salons, qui ne possèdent un ORGUE-MÉLODIUM.

De plus, MM. Alexandre, père et fils. ont eu la bonne et généreuse pensée de confier aux principaux virtuoses, tant en France qu'à l'étranger, plus de cent cinquante Mélodiums, afin que ces maîtres de l'art puissent étudier les ressources si variées de l'orgue expressif, et donner une grande impulsion à sa propagation.

Enfin, pour que l'œuvre d'encouragement soit complète, MM. Alexandre achètent et publient les morceaux écrits pour leurs instruments.

Nous ne saurions trop louer ce dévouement, qui révèle chez ces facteurs d'élite un amour éclairé de l'art, et la conscience d'avoir réalisé victorieusement une œuvre importante et pleine d'avenir.

Les compositeurs sont les maîtres de l'art musical; ils ont le sentiment, l'inspiration; l'exécutant traduit, interprète cette pensée qui jaillit comme une étincelle, et il le fait d'autant mieux qu'il possède, lui aussi, le sentiment de l'art.

Mais, pour prendre un libre essor, le génie musical a besoin d'un instrument qui soit le fidèle interprète du sentiment ou de la science; il faut que l'artiste puisse reproduire toutes les mélodies, tous les effets qu'il a sentis et devinés; et, nous le proclamons hautement, le Mélodium est l'instrument par excellence; il reproduit les nuances les plus variées, les mouvements les plus rapides, comme les sons les plus larges, et peut remplacer tout un orchestre, car il réunit plusieurs instruments en un seul.

Enfin, le Mélodium offre aux exécutants la facilité du clavier; solution si importante et si difficile à obtenir. Les inventions les plus utiles et les plus précieuses ont eu généralement leur enfance; le plus souvent le germe s'en développe lentement, et il faut souvent de longues années, un travail patient, pour que la pensée devienne réalisable et puisse s'exploiter utilement. Les résultats satisfaisants ne s'obtiennent qu'au moyen d'additions, de perfectionnements apportés peu à peu. Pour trouver les premiers éléments constitutifs de l'Orgue expressif, on doit remonter à 1810.

Vers cette époque, M. Grenié, amateur de mérite, inventa un petit orgue, au moyen duquel on pouvait obtenir l'expression, ce qui avait été vainement tenté jusqu'alors pour le grand orgue. L'Institut fit un rapport favorable sur cet essai, qui était déjà un pas immense ; mais que de chemin il restait à faire pour accomplir l'œuvre parfaite que nous devons à MM. Alexandre, père et fils !

Le système de M. Grenié avorta en quelque sorte : les difficultés d'exécution empêchèrent les artistes de s'y dévouer, et l'anche libre, qui fut la base de l'orgue expressif de M. Grenié, ne devint aussi la base de l'Orgue-Mélodium qu'après avoir subi bien des vicissitudes et des applications indignes.

L'anche libre donna naissance à un petit instrument qui eut une vogue populaire; ce fut l'harmonica qui devint, plus tard, accordéon.

Mais une vogue commerciale ne pouvait pas satisfaire un homme de talent et d'intelligence comme M. Alexandre père; il perfectionna l'accordéon, y apporta d'heureuses innovations, l'éleva peu à peu jusqu'à sa forme originaire longtemps perdue et méconnue, et lui rendit son nom plus vrai d'Orgue expressif. Pour M. Alexandre fils, encore enfant, ce résultat ne suffisait pas; son génie inventif rêvait déjà les perfectionnements qu'il a réalisés.

Juste appréciateur de ce qui avait été fait, il ne chercha point à entrer dans une voie entièrement nouvelle, dont il n'eût fait sortir qu'une ébauche, ainsi qu'il arrive pour toutes les inventions naissantes. M. Alexandre fils voulait arriver à la perfection : il y arriva.

Il commença par étudier avec ardeur les procédés employés, et rendit excellent ce qui était médiocre.

MM. Alexandre, père et fils, expérimentèrent les découvertes nouvelles, perfectionnèrent les timbres, et adoptèrent l'ingénieux procédé dû à un facteur habile, qui consistait dans l'application des registres de l'orgue d'église à l'orgue à anche libre.

L'orgue expressif, doué de plusieurs jeux, parlant ensemble ou séparément sur le clavier, devint, dès lors, l'objet de l'attention et des sympathies du pu- blic artistique. Sa fabrication prit une extension considérable.

Cependant la tâche de MM. Alexandre, père et fils, n'était pas remplie : le siège de leur maison fut transféré boulevart Bonne-Nouvelle, comme nous l'avons dit plus haut, et ils continuèrent l'œuvre de perfectionnement.

Les sons trop lents de l'orgue à anche libre rendaient l'exécution des mouvements rapides impraticables ; MM. Alexandre appliquèrent le système de percussion au Mélodium, et le domaine de cet instrument ne connut plus de limites.

L'expression à la main et le prolongement des sons rendent le Mélodium un instrument parfait, et permettent de reproduire sur un-seul instrument des effets qu'il semblait impossible d'obtenir sans le concours de plusieurs. MM. Alexandre père et fils, après avoir obtenu de si brillants résultats pour l'Orgue-Mélodium, ont procuré au piano un avantage immense, le prolongement des sons.

On ne saurait prévoir toutes les ressources que les artistes sauront trouver dans ce nouveau moyen. Le célèbre Liszt en fut émerveillé ; il désiraposséder un instrument qui fût à la hauteur de son génie et de son talent d'exécution, et bientôt on put admirer, dans les salons de. MM. Alexandre, ce chef-d'œuvre auquel ils ont donné le nom du grand artiste.

Le PIANO-LISZT est le résumé de tous les perfectionnements accomplispar MM. Alexandre, qui ont choisi, pour appliquer leurs inventions, un piano d'Érard. Le Piano-Liszt est et restera le principe de deux grandes innovations : le piano à vibrations prolongées et le Piano-Mélodium.

Le PIANO-MÉLODIUM à deux claviers : le clavier supérieur pour le piano, et le clavier inférieur pour l'orgue.

Le piano reste dans ses conditions d'indépendance complète, conservant toute son individualité. En un mot, dit M. A. Frélon, qui s'est chargé de décrire, spontanément et avec talent, toutes les découvertes de MM. Alexandre, père et fils, le Piano-Mélodium est composé de deux instruments complets, que l'exécutant peut faire parler séparément ou simultanément, et qui, en se prêtant leurs qualités individuelles, se complètent admirablement.

Disons, pour terminer, que MM. Alexandre, père et fils, ont rendu un immense service à l'art musical, et que leurs succès, fruit d'une haute habileté et d'une longue persévérance, les placent désormais au rang des hommes les plus distingués de notre époque.

Aussi, la Médaille d'honneur, qu'ils viennent d'obtenir à l'Exposition universelle de 1855, est-elle généralement considérée comme la légitime récompense des beaux travaux de ces facteurs d'élite. N.-M. LE SENNE, Avocat il la Cour d'appel de Paris." Biographie des exposants de 1855, contenant des notices détaillées sur les inventions, les travaux... de ceux qui sont les gloires manufacturières, industrielles, agricoles et artistiques de la France et de l'étrange, 1855, p. 159-168 (gallica.bnf.fr)

1857

"L'un de nos premiers pianistes, Daussoigne-Méhul, quitte Paris pour se rendre à Baden, où il doit se faire entendre dans le grand festival organisé par Hector Berlioz. Il s'arrêtera à Plombières, à Colmar, à Mulhouse, et quittera Baden pour visiter les principales villes des bords du Rhin.

Daussoigne-Méhul, dans cette tournée artistique touchera le piano-orgue à triple clavier d'Alexandre. Cet admirable instrument, qui a été fait exprès pour l'habile virtuose, réunit, aux qualités des meilleurs pianos d'Erard, tous les perfectionnemens apportés dans la fabrication des Orgues-Alexandre. Rien ne saurait donner une idée de la puissance, de la diversité, des timbres et des ressources multiples de cette merveille instrumentale.

Ce voyage musical est une bonne fortune pour les artistes qui s'intéressent aux progrès et à la transformation de la facture des orgues expressives." La Presse, 07/07/1857, p. 3 (gallica.bnf.fr)

LES ORGUES-ALEXANDRE.

"Ce serait une belle œuvre à entreprendre, à laquelle ne manqueraient ni l'émotion, ni l'ihtérêt, ni l'enseignement, que l'histoire musicale depuis deux siècles; mais, pour accomplir ce travail, la patience ne suffirait pas; il faudrait y joindre l'enthousiasme, et l'enthousiasme pourrait fatiguer, s'il n'était encore accompagné d'une foule de qualités que bien peu d'écrivains seraient capables de réunir.

Certes, ce ne seraient pas les éléments qui feraient défaut à cette œuvre, pour qu'elle eût le caractère multiple qui convient à tout récit avec lequel on prétend plaire et persuader, être agréable et utile.

Depuis deux siècles, en effet, l'art musical a eu des héros et des martyrs, des luttes, des triomphes et des abaissements, ou plutôt des oublis, à défrayer un poème épique.

Il y a la mélodie et l'harmonie, il y a Gluck et Piocini, il y a l'école allemande et l'école italienne, il y a de pauvres grands hommes qui meurent ulcérés et misanthropes, et d'autres grands hommes qui vivent presque millionnaires et peuvent, ou peu s'en faut, saluer leur statue en marbre de Paras an en a
irain de Corinthe. Malgré ce pèlemèle, l'action marche droite» animée et majestueuse : l'art avance» progresse, arrive.

- Bref, au lieu d'un combat qui finisse faute de combattants, c'est une marche triomphale dans laquelle se confondent et s'unissent tous les rivaux, d,'autant plus fiers et plus heureux que personne n'a subi l'humiliation de la défaite.

Harmonistes et mélodistes, ceux qui ont la science et ceux qui ont le sentiment, tous s'assemblent dans l'immense, concert où chacun fait sa partie, aux applaudissements universels.

Mais cette histoire, si complète qu'on la fît, ne laisserait-elle pas une lacune regrettable»,
si l'on se contentait de mentionner ceuxdont la pensée a charmé, le monde sans tenir compte de ceux qui ont quelquefois agrandi cette pensée en l'interprétant et de ceux qui souvent ont fourni les moyens de la faire éclore?

Ne sera-t-il pas juste, à côté des compositeurs, de faire marcher les exécutants? Et ne devra-t-on pas, auprès de ceux-ci, placer les habiles facteurs a qui ils doivent tant? Et, si nous inscrivons sur la même bannière les noms de Beethoven et de Rossini, do Thalberg et de Liszt, ne faut-il pas aussi y faire figurer ceux d'Erard et de Pleyel ?

Mais alors le cadre s'agrandit; de même que dans les temps les plus reculés, le roseau est devenu flûte, l'écaille de tortue s'est transformée en lyre ou violon, de même, presque de nos jours, l'épinette est devenue clavecin et le clavecin s'est fait piano ; puis, par une transformation étrange, une immense machine qui est un édifice à elle seule, s'est réduite aux proportions de nos demeures ; elle est devenue un meuble de nos appartements; l'instrument de Dieu, que Dieu seul pouvait avoir dans ses temples, est devenu le commensal de l'artiste et son compagnon de chaque instant. Mais par quel étrange chemin en est-il venu à ce point?

C'est d'abord un joujou, un instrument agaçant" narquois, taquin entre les lèvres du gamin de Paris. puis soudain, que dis-je, soudain! c'est au contraire à force d'énergique persévérance et de patiente observation qu'il devient le porte-voix de l'hymne à Dieu, un admirable orchestre sous les mains de l'artiste : frère cadet de la guimbarde, il quitte la fête du village pour s'implanter au salon et au temple, il se transforme en frère jumeau de l'orgue d'église.

Il y aurait tout un poëme à écrire la-dessus; mais je ne suis pas un Homère et je ne ferai pas ce poëme. Sans essayer d'écrire cette vaste histoire à la-quelle il faudrait vouer autre chose que l'activité partagée d'une vie trop occupée ailleurs, j'essaierai de donner un aperçu de l'histoire de l'art musical à notre époque, en faisant la monographie d'un instrument; cet instrument, ce sera l'orgue expressif, le Mélodium.

En effet, pour que cette notice ait le caractère général et le but élevé que j'aurais l'ambition de lui donner, il faut que l'instrument dans lequel se personnifie l'art musical moderne, remplisse de nombreuses et importantes conditions.

Il faut que ce soit un instrument à clavier, un orgue, et qu'il nuisse maédier à la monotonie qu'il produirait, réduit a de petites proportions, autrement que par la multiplicité des claviers et des registres ; il faut qu'il soit l'expression vraie du sentiment de l'artiste; il faut que son emploi soit facile, populaire, universel; il faut qu'il ait aidé a la diffusion de l'art, en le mettant a la portée de tous.

Il faut enfin que ce soit non-seulement un instrument d'harmonie; il faut encore et surtout qu'il se prête à la mélodie, en se rapprochant du type éternel et parfait de tout instrument de musique : la voix humaine.

Voila pourquoi j'ai choisi le Mélodium; citer l'instrument, c'est déjà parler de ceux qui l'ont rendu si parfait, c'est nommer MM. ALEXANDRE père et fils.

Il appartenait au dix-neuvième siècle, qui sut mieux que tous les autres mettre la matière au service de la pensée, associer l'art et l'industrie pour le plus grand profit et le plus rapide progrès de chacun des deux, de résoudre un problème insoluble jusque-là, de concilier deux éléments qui doivent se prêter un secours mutuel : l'harmonie et la mélodie, la combinaison et le chant; de rendre abordable à tous, applicable par chacun, ce qui, avec les instruments incomplets ou plutôt spéciaux que l'on possédait auparavant, était le monopole de certaines natures privilégiées.

Ce ne fut pas, on le comprend bien, sans de pénibles tâtonnements, sans de nombreuses transformations que naquit l'orgue expressif; mais enfin il est contemporain de ce siècle.

Vers 1810, un amateur d'un génie inventif et persévérant appelait l'Institut a se prononcer sur l'essai qu'il venait de faire d'un petit orgue, au moyen duquel on pourrait obtenir l'expression qu'on avait tenté vainement jusque-là de donner à la grande et puissante voix de l'orgue. Quelque imparfait qu'il pût être, ce premier essai était, déjà un immense progrès; aussi fut-il accueilli par un rapport favorable de l'Institut, et M. GRENIÉ construisit quelques instruments

d'après son nouveau système. Mais il est à peu près impossible qu'une invention sortie de la tête de son auteur armée de toutes pièces, c'est-à-dire des perfectionnements qui la rendent utilement exploitable. La plupart du temps, ce n'est qu'un germe; il a besoin d'être fécondé, augmenté, mis en œuvre par le temps, la patience, le travail, et le talent qui se l'approprie; c'est à ces conditions seulement qu'une expérience curieuse arrive à obtenir un résultat positif.

Il en fut ainsi de l'instrument qui nous occupe...... Si l'anche libre qui fut la clef de voûte de l'orgue expressif de M. GRENIÉ est, depuis, restée la base de l'Orgue-Piano-Mélodium, ce n'est qu'après avoir subi bien des phrases et bien des vicissitudes, à ce point, que ce noble instrument artistique dut descendre à l'état de jouet d'enfant pour obtenir ses premiers succès.

En effet, le système GRENIE na recut pas en quelque sorte d'application, la faveur du monde musical lui fit défaut, les difficultés d'exécution empêchèrent les artistes de s'y dévouer et la popularité lui manauu. - Cependant, en Allemagne on fabriquait sur cette donnée de petits instruments dont la diversité indique l'existence éphimère .....  On les appela physarmonica, aeolodium, etc., etc.

L'imitation qui en fut faite en France eut plus de succès, et noire illustre facteur d'orgues à Tuyaux, Cavaillé-Coll, inventa le
Poïkilorgue ..... ; mais, préoccupe de choses plus importantes pour lui M. Cavaillé-Coll abandonna cette nouvelle application.

Un spéculateur adroit s'était emparé l'idée-mère de l'orgue expressif, l'anche libre : il en fit d'abord une sorte de diapason nommé typotone; puis on joignit à cette lame unique d'autres lames qu'on faisait parler en soufflant dans de petits trous pratiqués dans le bois fini les recouvrait.

C'est le produit avorté de l'orgue expressif, cette application indigne et mesquine de l'anche libre qui sut conquérir la faveur populaire; c'est de cette humiliante position que durent la relever ceux qui l'estimaient à sa juste valeur.

La réhabilitation ne fut pas soudaine, tant s'en faut; l'harmonica (c'était le nom définitivement adopté) resta d'abord harmonica, puis devint accordéon. Quelque intime que fût cet instrument, sa rivation ne fut nas ceoendant sans profit pour l'art musical qu'elle tendait a populariser. Aussi l'accordéon fut-il accueilli par un véritable enthousiasme sinon artistique, du moins populaire. -

Mais il est des gens auxquels ne suffit pas la vogue commerciale : de ce nombre était M. ALEXANDRE père, qui avait fondé sa maison en 1829 et qui développa et perfectionna sa fabrication par d'heureuses innovations.

L'harmonica, devenu accordéon, s'éleva peu à peu sous les noms de concertina et d'organino jusqu'à sa forme typique, perdue assez longtemps et [ méconnue sous son nom originaire j et pourtant plus vrai d'Orgue expressif.

Cinq ans après sa fondation, c'est-à-dire en 1834, la maison ALEXANDRE exposait un instrument y à deux jeux.

Ces résultats ne suffisaient pas pour satisfaire l'ambition de M. EDOUARD ALEXANDRE fils, enfant encore, mais voué déjà à l'art auquel son nom devait plus tard rester indissolublement lié. Son génie inventif rèvait e qu'il a réalisé deruis..... mais fit fabri
cando faber : avant d'inventer, il faut savoir imiter; c'est le seul moyen d'avancer d'un point donné et de ne pas revenir sur ses pas.

Il faut tenir compte de ce qui existe; c'est a cette condition que les travaux des générations antérieures profitent aux générations qui les suivent. L'artiste industriel qui voudrait créer de lui-même, sans étudier ce qu'on a produit avant lui, se préparerait un travail herculéen, puisqu'il devrait tout reconstruire par la force de sa pensée.

Il s'exposerait aussi a de singuliers mécomptes; il userait son génie à vouloir deviner ce qui lui était si facile d'apprendre par l'étude, et il risquerait de n'inventer que ce qui aurait déjà été inventé; le tout pour avoir méconnu la vérité proclamée par Brid'Oison : « On est toujours le fils de quelqu'un !! »

Aussi M. EDOUARD ALEXANDRE se mit-il courageusement à étudier les procédés employés jusqu'alors, ne cherchant d'abord qu'à rendre bon ce qui était médiocre,
qu'à faire excellent ce qu'on avait fait bon, qu'à rendre parfait ce qu'on avait produit d'excellent.

Au son dur et nasillard des premières orgues expressives, il fallait substituer la douceur, la suavité, le moelleux des registres; il fallait aussi obtenir la facilité dut clavier, question si importante pour l'exécutant....

Il y ar
riva !!!
Les instruments sortant de la manufacture ALEXANDRE père et fils passaient pour les meilleurs; chacun les nroclamait parfaits, et cependant MM. ALEXANDRE père et fils comprenaient qu'il manquait encore quelque chose pour assurer à l'instrument la popularité dont il jouit aujourd'hui et surtout pour lui conquérir le suffrage exclusif des maîtres.

MM. ALEXANDRE père et fils se mirent donc à perfectionner les timbres et à expérimenter les découvertes nouvelles; après des essais vainement tentés par plusieurs facteurs, l'un d'eux venait d'acquérir un grand titre à la reconnaissance des artistes par l'heureuse application des registres de l'orgue d'église à l'orgue à anche libre. Par cet ingénieux procédé, l'orgue expressif, doué de plusieurs jeux parlant ensemble ou séparément sur un seul clavier, était constitué en principe.

Dès lors, le public artistique acorda une attention si sympathique et si prononcée au nouvel inqtrumeut, que sa fabrication prit une extension considérable. MM. Alexandre père el tHs durent fonder un nouvel établissement plus on rapport avec l'importance et le nombre do leurs produits; le siége de leur maison fut transféré boulevard Bonne-Nouvelle, 10.

L'indication de ce fait a une grande importance, car il correspond à une nouvelle phase de l'histoire du Mélodium : sa lutte avec tous les instruments basés sur le même principe et sa victoire décisive.

Les orgues à anches libres avaient un grand défaut
t le son arrivait lentement; le temps que mettait le vent à faire vibrer la lame métallique laissait toujours un petit intervalle entre l'attaaue de la touche et l'émission du son.

Les morceaux larges convenaient donc parfaitement à l'instrument, mais les mouvements rapides, les détachés étaient à peu près inexécutables.

Un facteur d'orgues des plus intelligents, devenu depuis célèbre, M. MARTIN de Provins, se préoccupait vivement de cette difficulté qu'il surmonta enfin. C'était le piano qui devait fournir des armes pour vaincre cette difficulté.

Les marteaux, au lieu d'attaquer une corde, iraient frapper sur la languette, la feraient parler instantanément, et le vent précédé continuerait le son. Ce système fut nommé par son auteur : PERCUSSION.

Ce fut un résultat immense.

Eh bien! cette découverte risqua fort de demeurer stérile; elle fut même plusieurs années sans application définitive, et peut-être était-elle perdue à jamais, lorsque M. MARTIN eut l'heureuse pensée de l'offrir à MM. ALEXANDRE père et fils; ceux-ci, en gens expérimentés, reconnurent tout de suite la valeur de l'invention, ils s'attachèrent M. MARTIN de Provins et appliquèrent son heureuse découverte à leurs instruments. Le Mélodium-Alexandre n'avait plus à craindre de rivalité.

Le domaine déjà si vaste de cet instrument ne connaissait plus de limites : toute musique lui était accessible, même la plus vive et la plus légère. L'orgue, qui naguère ne se prêtait qu aux andante, devenait également apte à interpréter les mouvements les plus rapides.

Avec les résultats déjà acquis, tout autre facteur aurait pu ne songer qu'à produire; pour se mettre au niveau des besoins de la consommation et s'assurer une fortune brillante et rapide.

C'était certes une ambition avouable ; mais elle n'était pas à la hauteur des désirs de MM. ALEXANDRE père et fils. Ces habiles facteurs voulurent non-seulement faire progresser un art dont ils étaient les fervents promoteurs, mais encore ils ne recalèrent devant aucun sacrifice, pour  qu'aucune maison ne pût l'emporter sur la leur.

Ils firent donc tout pour pouvoir réunir à leurs propres perfectionnements ceux que les autres apportaient à l'instrument, et ce résultat fut tel, que bientôt tous les artistes s'enviaient et se disputaient la satisfaction de conscience de faire valoir ceux qui sortaient de leurs ateliers.

L'expression à la main, le prolongement des sons, forment un ensemble qui rend, aujourd'hui, le Mélodium irréprochable.

L'expression à la main gauche est le moyen de remédier à l'inconvénient résultant de la trop grande sonorité des basses, par rapport avec le degré d'intensité des notes supérieures auxquelles est presque toujours confiée l'interprétation des phrases mélodiques.

Le prolongement des notes de l'orgue, sans avoir les mains sur le clavier, est certainement le plus riche effet musical qu'aucun instrument possède. Il permet de reproduire sur un seul instrument des effets que l'on ne pouvait obtenir qu'à l'aide de cette réunion de tous les instruments, que l'on nomme l'orchestre. L'orchestre seul peut, en effet, faire entendre cette double combinaison de sons tenus et liés, et de sons piqués et détachés sur les mêmes notes et au même diapason.

Ainsi, l'on trouve souvent dans une partition la disposition suivante: les altos, les cors, les bassous et quelquefois les clarinettes pratiquent des tenues dans l'étendue de plusieurs octaves, pendant que des mélodies ou des dessins parcourent toute l'échelle des sons, passent par dessus les notes tenues, qui se bornent à accuser l'harmonie sur laquelle sont disposés ces mélodies et ces dessins. Il est facile dese convaincre qu'un tel effet ne peut être obtenu que par la réunion d'un grand nombre d'instruments.

Avant ce progrès réalisé, celui qui aurait proposé d'obtenir un résultat analogue sur un seul instrument et avec un seul exécutant, aurait pu être accusé de formuler une proposition insensée.

Non-seulement nous devons, dans les orgues, d'immenses progrès à MM. ALEXANDRE père et fils, mais encore devons-nous les féliciter pour de nouveaux avantages qu'ils viennent dedonner au piano.

S'il est vrai que l'art musical doive en quelque sorte ses premiers progrès à l'orgue, le premier et le plus ancien de tous les instruments à clavier, il est également incontestable que ce que le clavier avait fait pour l'art dès son enfance, il devait le faire encore pour l'art arrivé à sa plus haute expression ; ce que l'orgue a commencé, le piano l'a continué. Son usage général a eu une très-grande influence sur l'art de la composition.

Les compositeurs non-pianistes sont rangés dans la plus grande exception, et il suffira de citer les noms de Haydn, Mozart, Beethoven, Weber, Hérold, Boïeldieu, Rossini, Meyerbeer, Auber, Halévy, Ambroise Thomas, tous excellents pianistes, pour convaincre les plus incrédules que la pratique de cet instrument a du contribuer, pour une grande part, a ta variété et à la richesse des combinaisons qui brillent dans leurs œuvres.

Cependant, malgré tous les services que rendait le piano, il n'est pas un artiste qui n'ait regrette qu'il lui manquât la faculté de prolonger les sons, et de même qu'on disait naguère de l'orgue : il lui manque l'expression, de même pourrait-on dire du piano, qu'il serait parfaits'il pouvait prolonger des sons.

Bien des tentatives ont été laites pour arriver à ce résultat; la plus heureuse est celle de M. Ed. ALEXANDRE, et ce n'est plus un essai, c'est un fait acquis et complet.

Il est impossible de prévoir toutes les ressources que d'habiles virtuoses sauront tirer de ce moyen nouveau et fécond. Liszt en fut tellement émerveillé, qu'il comprit que l'homme qui avait trouvé ce moyen était celui qu'il désirait pour la construction d'un instrument qui fut à la hauteur de son génie et de son talent d'exécution.

MM. ALEXANDRE père et fils, qui ne reculent devant aucun sacnlice et aucune difficulté, lorsqu'il s'agit de propager une idée neuve et hardie, construisirent ce chef-d'œuvre qu'on a dû admirer dans leurs salons, et qu'ils ont baptisé du nom de Piano-Liszt , pour rendre hommage à l'initiative du célèbre artiste, et comme si ce magniligue ouvrage n'était pas, en quelque sorte, le résumé de tous les progrès et de tous les perfectionnements accomplis par la maison ALEXANDRE père et fils.

Comprenant que la vie d'un homme suffit à peine pour être consacrée a l'instrument dont ils ont rêvé la perfection, MM. ALEXANDRE père et fils ont eu le bon esprit de ne pas se faire facteurs de pianos, ils ont pris un excellent instrument d'Erard pour lui appliquer toutes leurs inventions. Si l'importance et la multiplicité même des ressources de ce chef-d'œuvre l'empêchent de devenir populaire, il n'en sera pas moins le principe de deux grandes innovations, le piano à vibrations prolongées et le Piano-Mélodium.

On peut prédire a ces deux instruments un succès assure, et dans un temps plus ou moins éloigné, le piano ainsi moditié sera, au piano que nous connaissons, ce que celui-ci a été au clavecin qu'il a détrôné pour le remplacer universellement.

Pour résumerles services rendus à l'art par MM. ALEXANDRE et l'importance de leurs découvertes et de leurs applications, rappelons que toute musiquequelleque soit la grandeur de sa conception, quelque nombreux que soient les moyens d'exécution préparés par le compositeur, doit, pour être accessible à tous, pouvoir se réduire aux ressources d'un instrumenta clavier, un piano ou un orgue. Or, à l'un manquait la tenue des sons, ce qui excluaitl'interpréta tion parfaite de la musique harmonique; à l'autre, l'absence d'expression interdisait le plus grand charme que puissent emprunter de ce secours les phrases mélodiques.

Grâce à MM. ALEXANDRE, l'orgue et le piano se sont complétés l'un par l'autre. Réunis ou séparés, ces deux instruments offrent désormais au compositeur des ressources complètes : rien de ce qui sortira de sa pensée ne peut échapper à la possibilité de leur interprétation.

N'avais-je donc pas raison de dire, au commencement de cette notice, que l'histoire de l'art à notre époque pouvait se résumer dans la monographie d'un instrument.

puisque désormais le nom de MM. ALEXANDRE se rattache également aux perfectionnements de l'orgue et du piano, ces deux interprètes certains de toute pensée musicale ?

Si l'enthousiasme artistique, si la reconnaissance de l'art pouvaient s'épancher librement, sans qu'on dût les accuser d'être l'expression d'un sentiment d'indulgente camaderie, je signalerais au jury de l'Eposition, comme digne des plus hautes récompenses dont il est le dispensateur, un établissement à qui l'art et les artistes doivent tant. Mais ne vaut-il pas mieux laisser l'évidence accomplir son œuvre, et l'impartialité éclairée de juges si compétents a-t-elle besoin d'être guidée? Les faits ne parlent-ils pas? Ne voit-on pas tout ce qui est grand et artiste recourir aux ALEXANDRE père et fils, dès qu'il s'agit de construire un instrument ?

Est-il une commune, un hameau si déshérités, que leur modeste église ne veuille posséder un Mélodium-Alexandre? Est-il un salon musical, un concert de quelque valeur, où l'on ne voie figurer ces excellents instruments? Là est le succès, là est le triomphe, là est la preuve de la valeur et du mérite de toutes les inventions, de tous les perfectionnements dont je n'ai pu tracer qu'un rapide aperçu.

Je n'ai examiné que le côté artistique du Mélodium, je laisse à un artiste de lalent, M. FRELON, le soin de constater les résultats matériels de ce succès; plus spécial que moi, il a pu suivre l'instrument et la maison dans toutes leurs péripéties ; en voyageant pour l'orgue-Alexandre, il a pu constater l'immense sensation produite à l'étranger par les instruments de MM. ALEXANDRE, et connaître les relations qu'ont su se faire ces habiles facteurs dans les premières cités musicales et commerciales du monde civilisé.

Auteur de la meilleure méthode de Melodium qu'on ait encore publiée, M. FUELON, qui a si bien étudié les perfectionnements et les inventions de MM. ALEXANDRE, qui possède a un degré si éminent les ressources qu on en peut tirer, leur payera son tribut de reconnaissance comme artiste et comme exécutant, en décrivant plus fidèlement et avec plus de soin que mon temps et peut-être ma capacité ne me permettraient de le faire, tous les détails qui intéressent un établissement dont le nombre et la perfection des produits autorisent à placer le nom de ses fondateurs sur ce sommet où brillent les noms célèbres des ERARD, des PLEYEL et des BROADWOOD.
An. ADAM, membre de l'Institut. - Paris, 15 août 1855." Le Journal monstre : courrier et bulletin des familles, 01/03/1857, p. 18-21 (gallica.bnf.fr)

1860

ANNEXE-PIANO

"La maison Alexandre déploie la plas grande activité pour doter les pauvres églises d'un instrument du prix le plus modique.

Elle a fondé une colonie aux portes de Paris elle donne du travail à plus de mille ouvriers, logés dans cet établissement modèle.

Elle a voulu aussi que Fart profane fat séparé entièrement de i'art religieux les orgues sont pour l'église; pour les salons, pour les bonnêtes loisirs des familles, elle a pris le brevet d'un instrument nouveau, qui est le pendant de l'orgue à cent francs, mais dont l'usage est bien plus universel.

Cet instrument vient d'entrer a peine dana ie commerce; on l'a nommé l'annex-piano parce que les annexions sont a la mode, et parce qu'aucun piano ne peut se passer désormais de ce complément nécessaire.

Cet annexe-piano est un instrument de forme gracieuse et commode, de 80 centimètres de longueur et de 62 centimètres de hauteur, calculée pour être à la portée de la main droite de toaa les pianistes.

Cest un orgue-mélodium bien plus facile à jouer que l'orgue ordinaire, contenant trois timbres: la flûte, le hautbois et la voix céleste il a une pédale à l'aide de laquelle le pied droit du pianiste met en mouvement la soufflerie aussi facilement que la pédale du piano; il a le clavier d'un ptono de trois octaves, avec touches d'ivoire et d'ôbène; on le démonte, on le met dans un étui et on t'emporte comme un violon.

Ainsi, voyez les progrès de l'art et de l'industriel !

Il n'y a pas longtemps que, pour faire l'acquisition d'un piano-orgue, il fallait mettre de douze à quinze cents francs, ce qat, vous me l'avouerez, était dur pour beaucoup d'artistes.

Impossible pour le plus grand nombre. Aujourd'hui, si vous avez chez vous un piano d'Érard, de Pleyel ou de Herz, neuf ou vieux, en acajou ou en palissandre, un clavecin, voire une épinelte, au moyen de l'annexe-piano, qui ne coûte que 136 francs, vous en faites un instrument qui vous offre les plus grandes ressources.

Votre main gauche accompagne sur le piano; votre droite exécute les plus brillants caprices sur le clavier de l'annexe.

On traduit alternativement les passages les plus difficiles, les modulations les plus ardues, les inspirations les plus charmantes, tantôt sur un instrument, tantôt sur l'autre, et on n'a pas besoin pour cela ni de nouveaux exercices, ni d'un long et pénible apprentissage.

Qui joue du piano joue aussi de l'annexe à premiêre vue, et, par une singulière inversion du proverbe, qui peut le moins peut le plus. Enfin vons possèdes un véritable orchestre.

Que de maisons d'une modeste aisance se privent de donner an bal, une sauterie intime, pour ne pas faire la dépense d'un violon médiocre ou d'un aigre cornet à piston.

L'annexe a été créé et mis au monde pour jouer, en perfection, les valses, les quadrilles et les polkas, où tes rentrées de flûte et de hautbois font merveille.

Vingt musiciens, conduits par Strauss, ne produiraient pas plus d'effet.

Quelques personnes ont paru s'étonner qu'on fasse, pour un si petit instrument, de si grandes annonces.

Mais le mérite ni l'utilité ne se mesurent à la taille, et malgré son volume relativement peu considérable, l'instrument nouveau réalise un immense progrès pour l'art et d'incalculables résultats pour l'industrie. Il se fait en Europe, rien que sur les pianos, pour 50 millions d'affaires par an.

Supposez que MM. Alexandre père et fils fabriquent seulement 30,000 mille annexes, il s'en vendra pour 4 millions.

Voilà ce qui s'appelle, la fois, démocratiser la musique, la mettre à la portée de tout le monde et s'en faire d'assez beaux revenus. - P.-A. FIORENTINO. " La France Musicale, 1860, p. 488  (gallica.bnf.fr).

1861

"LA MAISON ALEXANDRE. - MM. Alexandre père et fils, fabricants de pianos à Paris, tentent en ce moment de faire accepter par le public un nouveau système de rentes viagères.

Par ce système, les rentiers viagers recevraient un intérêt beaucoup plus élevé que celui que leur accordent les particuliers qui acceptent des capitaux dans ces conditions en offrant bonne et valable caution, ou bien encore les Compagnies d'assurances sur la vie, qui ont généralisé l'usage des rentes viagères, en entourant ce placement de tous les avantages possibles. [...]" Extrait d'un article dans Gazette de l'industrie et du commerce, 08/09/1861, p. 3-4 (gallica.bnf.fr)

1862

Manufacture d'orgues et harmoniums de la maison Alexandre père et fils, à Ivry. - Vue générale de l'Établissement,
Almanach du voleur illustré, 1862, p. 44-45

LES ORGUES-MÉLODIUMS DE LA MAISON ALEXANDRE
Rue Meslay, 37, à Paris.

"On sait quel développement a pris, depuis quelques années, l'industrie desorgues-mélodiums, ces merveilleux instruments fabriqués par MM. Alexandre père et fils, dont la maison centrale est établie à Paris, rue Meslay, n° 37; c'est par milliers que se chiffre l'exportation des orguesmélodiums. Comment ces habiles facteurs sont-ils en mesure de faire face aux exigences d'une aussi colossale fabrication? Le voici:

Il y a deux ans, à peu près, que MM. Alexandre, en présence de l'importance toujours croissante que prenait a maison qu'ils avaient fondée, eurent l'idée de centraliser en un seul et gigantesque établissement les éléments jusqu'alors disséminés de leur industrie.

Dans ce but, ils firent à Ivry l'acquisition d'un vaste domaine, dont ils conservèrent les constructions et les plantations seigneuriales : les terres consacrées aux cultures furent couvertes de bâtiments d'exploitation et d'habitation réservés aux ouvriers employés dans l'usine.

Rien de plus curieux à visiter que les ateliers dont se compose cette fabrique monumentale. En les parcourant, on assiste, pour ainsi dire, au travail d'enfantement de ces admirables instruments qui popularisent, dans toutes les contréés où règne le goût de la musique, le nom do MM. Alexandre.père et fils.

Voyez d'abord ces cargaisons de bois de toute espèce que déchargent sur les quais de puissantes embarcations. Peupliers, sapins, cèdres, hêtres, sycomores, tilleuls, chênes séculaires, billes de palissandre et d'acajou, chargés sur d'énormes chariots, se dirigent vers les chantiers où les attend la scierie à vapeur, qui les fend, les découpe, les amincit et les détaille sous mille formes diverses pour servir aux besoins de tout genre.

Ailleurs, c'est l'atelier du fer; à côté, l'atelier du cuivre; puis voici l'atelier des jeux, des souffleurs; enfin, celui des finisseurs, où les matériaux épars se réunissent et se combinent pour constituer un instrument complet.

Tout n'est pas dit encore, et que de choses à faire avant que l'orgue-mélodium soit en état d'être livré au commerce! 11 y faut la main de l'accordeur, celle du repasseur vérificateur, enfin celle du vernisseur, pour-qu'il passe dans la salle d'emballage, d'où chaque semaine voit sortir, empilés sur de lourds camions, 150 à 200 orgues expressives.

Qu'on juge par cette description, nécessairement incomplète, de la puissance de production de cette immense maison Alexandre, dont les produits, après avoir remporté à l'exposition de 1855 la médaille d'honneur, unique pour cette industrie, ont valu à M. Alexandre fils une distinction non moins éclatante, celle de chevalier de la Légion d'honneur.

Mais la prodigieuse extension prise par cette maison, dans l'espace de quelques années, n'est rien en comparaison de celle qui l'attend et à laquelle doit contribuer, dans une large proportion, l'invention de l'annexe-piano, instrument d'une harmonie sans analogie et sans égale.

Quelle que soit l'importance des capitaux dont elle dispose, et l'étendue du crédit dont elfe jouit dans le commerce et dans la banque, il doit venir un moment où ses forces isolées ne suffiraient plus aux nécessités financières d'une fabrication presque sans limites. Elle s'est donc préoccupée de trouver, dans la coopération des capitaux réunis, le ressort dont elle peut avoir besoin.

Peu jaloux de recourir au concours de la commandite, discréditée par tant d'essais maHieureux; dégoûtés des services onéreux et stériles de l'escompte, MM. Alexandre père et fils ont imaginé un mode d'appel de fonds destiné, suivant toute apparence, à inaugurer dans l'industrie une ère toute nouvelle de progrès et de fécondité. Vous plairait-il de vous associer à cette ingénieuse et fertile combinaison ? En voici les conditions et le mécanisme:

MM. Alexandre père et fils possèdent, soit en biens fonds, soit en marchandises et en matériel industriel, une valeur de plus de cinq millions.

Sur cette garantie, la plus solide de toutes, car elle ne repose sur sien d'éventuel ni d'aléatoire, ils offrent au public 5 millions de rentes viagères, divisibles par lots de 2,000 fr. et plus, dont le taux varie, suivant l'âge du prêteur, de 10 à 15 pour cent par an: de vingt et un à trente-cinq, 10 pour cent, de trente-cinq à quarante-cinq, 12 pour cent, de quarante-cinq à cinquante, 13 pour cent, de cinquante à cinquante-cinq, 14 pour cent, de cinquante-cinq à soixante, 15 pour cent.

Ces rentes ont pour caution une hypothèque assise sur tout ce qui compose l'actif de la maison Alexandre; de telle sorte que le gage, dont la valeur représente largement les 5 millions demandés au crédit public, s'accrott de jour en jour, soit par le développement des affaires commerciales, soit par l'extinction graduelle des rentiers.

De cette combinaison tout à fait nouvelle voici quels avantages, réciproques résultent pour l'emprunteur comme pour le prêteur.

L'emprunteur s'affranchit de la tutelle et de la tyrannie de 1 escompte, et se libère de toutes ses charges en un certain nombre d'années par le fonctionnement continu de l'amortissement.

Le prêteur, sans avoir à redouter aucun risque, s'associe à la prospérité de l'entreprise, en bénéficiant d'un intérêt bien supérieur à celui que pourrait lui procurer toute autre nature de placement.

Que, s'il répugne à ce dernier de déshériter ou ses descendants ou ses proches par un placement à fonds perdu,

Il jouit, grâce à des conventions passées entre la maison Alexandre et la Caisse générait; des Familles, de la faculté de reconstituer à sa mort le capital versé au moyen d'un certain prélèvement sur le revenu annuel.

Tel est, en substance, l'aperçu de cette combinaison financière, dont le public se préoccupe à juste titre, car elle a pour elle la sanction d'un conseil composé de jurisconsultes éminents et qui l'ont, d'un commun accord, déclarée morale, régulière et équitable.

Si, comme le prouve l'empressement des capitaux à répondre à l'appel qui leur est adressé, l'idée créatrice de MM. Alexandre père et Fils obtient le succès qu'elle mérite, nous ne tarderons pas à voir l'industrie toute nationale dont ils sont les éminents représentants parvenir à un degré de prospérité sans exemple dans les fastes du commerce français (1).

(1) S'adresser à M. Lion, directeur des rentes viagères, 37, rue Meslay, à Paris, pour souscrire et pour renseignements. - A. De Bragelonne." Almanach du voleur illustré, 1862, p. 46

Fabrique d'ALEXANDRE Père et Fils à Ivry, 1862,
Journal pour tous: magasin hebdomadaire illustré, 1862, p. 656

1863

"Circulaire relative à une combinaison économique offerte par des fabricants pour l'acquisition d'orgues à l'usage des écoles et des églises." Circulaires et instructions officielles relatives à l'instruction publique, mai 1863, p. 585 (gallica.bnf.fr)

1869

"Le piano Listz [sic], de MM. Alexandre père et fils, est tout simplement et tout magnifiquement un grand piano à queue d'Erard accouplé à un bel harmonium d'Alexandre.

Un musicien inspiré trouve dans le piano Listz [sic], dont Listz [sic] joue admirablement, tous les éléments nécessaires à la manifestation de son génie." La musique, les musiciens et les instruments de musique chez les différents peuples du monde, Oscar Comettant, 1869, p. 694 (gallica.bnf.fr)

1890

MARQUES DÉPOSÉES

"Alexandre - Paris - 34476. - M. p. désigner des instruments de musique : orgues, pianos, etc., déposée le 30 septembre 1890, à 11 h., au greffe du tribunal de commerce de la Seine, par la Société anonyme des orgues d'Alexandre père et fils, dont le siège est à Paris.

Alexandre Fils - Paris - 34477. - M. p. désigner des instruments de musique : orgues, pianos, etc., déposée le 30 septembre 1890, à 11 h., au greffe du tribunal de commerce de la Seine, par la Société anonyme des orgues d'Alexandre père et fils, dont le siège est à Paris.

Alexandre Père - Paris - 34478. - M. p. désigner des instruments de musique : orgues, pianos, etc., déposée le 30 septembre 1890, à 11 h., au greffe du tribunal de commerce de la Seine, par la Société anonyme des orgues d'Alexandre père et fils, dont le siège est à Paris.

Alexandre Père et Fils - Paris - 34479. - M. p. désigner des instruments de musique : orgues, pianos, etc., déposée le 30 septembre 1890, à 11 h., au greffe du tribunal de commerce de la Seine, par la Société anonyme des orgues d'Alexandre père et fils, dont le siège est à Paris.
" Bulletin officiel de la propriété industrielle et commerciale, 16/10/1890, p. 702

"Alexandre - Paris - 24811. - M. p. être apposée sur des orgues, pianos et autres instruments de musique, déposée le 5 novembre 1890, à 9 h. 50, au greffe du tribunal de commerce de la Seine, par la Société anonyme des orgues d'Alexandre père et fils, dont le siège est à Paris.
Cette marque est de dimensions variables. Elle s'applique en creux, en relief ou de toute autre manière appropriée.

Alexandre Fils - Paris - 24812. - M. p. être apposée sur des orgues, pianos et autres instruments de musique, déposée le 5 novembre 1890, à 9 h. 50, au greffe du tribunal de commerce de la Seine, par la Société anonyme des orgues d'Alexandre père et fils, dont le siège est à Paris.
Cette marque est de dimensions variables. Elle s'applique en creux, en relief ou de toute autre manière appropriée.

Alexandre Père - Paris - 24813. - M. p. être apposée sur des orgues, pianos et autres instruments de musique, déposée le 5 novembre 1890, à 9 h. 50, au greffe du tribunal de commerce de la Seine, par la Société anonyme des orgues d'Alexandre père et fils, dont le siège est à Paris.
Cette marque est de dimensions variables. Elle s'applique en creux, en relief ou de toute autre manière appropriée.

Alexandre Père et Fils - Paris - 24814. - M. p. être apposée sur des orgues, pianos et autres instruments de musique, déposée le 5 novembre 1890, à 9 h. 50, au greffe du tribunal de commerce de la Seine, par la Société anonyme des orgues d'Alexandre père et fils, dont le siège est à Paris.
Cette marque est de dimensions variables. Elle s'applique en creux, en relief ou de toute autre manière appropriée." Bulletin officiel de la propriété industrielle et commerciale, 20/11/1890, p. 796

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Pianos français 1800 - 1829


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