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Facteurs de pianos en France
GAVEAU
à Paris (°1847)
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LES « GAVEAU »
— Un « Gaveau » c'est un piano, — c'est le piano.
« Comment se fabrique un piano ? nous répond-il en souriant. Diable,
l'histoire est longue, et je vous la conterai un autre jour, à moins que
vous ne m'accompagniez à l'usine, à Fontenay-sous-Bois. En ce cas, je
ferai mieux que vous dire, je vous montrerai comment on fabrique un
piano.
« Le public s'imagine malaisément, nous dit en chemin M. Gaveau, les multiples détails dont il faut se préoccuper dans la fabrication du piano. Se douterait-il par exemple que plus de vingt essences différentes de bois sont nécessaires à sa construction ? L'heureux choix des bois est une des conditions essentielles de la bonne qualité des au double point de vue de la solidité et de la sonorité, et, suivant leur essence, leur épaisseur, c'est un séjour de trois à huit ans qu'ils doivent faire soit en plein air, soit sous des hangars couverts.
- En effet, on ignore tout cela.
Il est difficile d'imaginer un établissement mieux approprié à sa. destination et répondant mieux aux multiples exigences de l'industrie moderne que l'usine modèle que MM. Gaveau frères viennent de faire construire à Fontenay-sous-Bois, sur un terrain de plus de 50000 mètres de superficie. Les bâtiments, construits en meulières et en briques, recouverts d'ardoises, percés de larges baies vitrées qui laissent pénétrer à flot l'air et la lumière, sont d'une note claire et fort agréable à l'œil. M. Gaveau m'arrache à ma contemplation : « Voici l'atelier du barrage. C'est ici que le piano prend naissance. Ces bois de sapin et de hêtre, découpés en morceaux appropriés à leur emploi, formeront la carcasse de l'instrument. Cette carcasse de barreaux massifs supporte le cadre en 1er et la table d'harmonie, l'âme du piano. Le tablage ou l'ajustage de la table est une opération qui demande les plus grands soins.
Comme vous le voyez, ajoute M. Gaveau, en me précédant dans un
atelier où se dressent maintenant des silhouettes de pianos, l'enfant a
grandi.
Nous sommes dans l'atelier de placage, et M. Gaveau me montre,
soigneusement allongées sur des rayons, de minces feuilles de bois de
toutes essences ; quelques-unes embaument l'air. Pour les décrire de façon fidèle, je devrais entrer dans des détails dont l'aridité pourrait effrayer vos lecteurs, d'autant plus que nous ne sommes tributaires de personne, que tout, tout absolument, depuis les marteaux de feutre dès mécaniques jusqu'aux flambeaux et aux pupitres, est fabriqué à l'usine même. Tenez ! ceci vous intéressera davantage. »
Et M. Gaveau pénétrant, dans une immense galerie me montre des machines de toutes puissances, de tous modèlcs, qui saisissent dans leurs grilles de fer d'énormes troncs d'arbres à peine équarris, les enlèvent, les transforment en quelques instants en planches de toutes épaisseurs; plus loin, ces planches passent sous de grands rabots mécaniques qui les rendent polies comme du marbre.
Quand on songe qu'ici tout est à l'avenant, faut-il s'étonner que des
instruments dont la fabrication est l'objet de tant de soins aient
conquis par leur valeur technique, par la qualité de leur son, la faveur
de tous les artistes, comme ils ont, par l'élégance du meuble, acquis
droit de cité dans la plupart des salons ? Le piano à queue Louis XV en noyer sculpté y coudoie le piano Empire en amboine; le piano droit Louis XIV voisine avec le grand piano de concert en palissandre frisé; et, devant ces sculptures, ces dentelles, qui vont être dispersées aux quatre coins de la terre, ma pensée se reporte aux arbres de tout à l'heure, érables et sycomores, coupés dans quelque forêt du Nouveau Monde. René MIR." Revue illustrée, 15/02/1900, p. 29-32 (gallica.bnf.fr)
Elle fabrique annuellement environ 2.000 pianos droits ou à queue, trouvant leurs débouchés tant en France qu'à l'étranger, et emploie pour cette fabrication 35o ouvriers et ouvrières. Depuis sa fondation en 1847, le nombre des pianos fabriqués par elle s'élève à 38.500. Les bâtiments de l'usine, construits en meulières et en briques, sont élevés sur cave, et se composent d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage. Signalons au rez-de-chaussée une grande galerie de 75 mètres de long sur 11 mètres de large, où sont débités les bois achetés en forêt, et qui est reliée à la ligne de Vincennes par une voie de raccordement, ainsi que différents ateliers réservés l'un à la fabrication des pièces de serrurerie et de mécanique, un autre au barrage et le troisième au tablage. C'est dans ce dernier qu'on pose les cadres de fer et les tables d'harmonie, les sommiers d'accoche et de chevilles. Des milliers de tables y sont exposées sur des soupentes pendant plusieurs mois, afin de prendre, avant la mise en place définitive, la chaleur de la pièce maintenue constamment à 30 degrés. A côté de l'atelier du tablage se trouvent ceux affectés au filage et à la pose des cordes. Une machine de 3oo chevaux, établie dans un pavillon central, fournit l'énergie aux différentes machines-outils réparties dans ces divers ateliers, ainsi qu'aux deux dynamos utilisées pour l'éclairage électrique. De chaque côté du pavillon, dans deux bâtiments à un étage, sont installés les séchoirs.
Au premier étage se trouvent les galeries réservées aux ateliers de
la mécanique, du clavier, de l'ajustage et du réglage. Ces dernières comprennent le bâtiment dit des expéditions renfermant tous les pianos finis (400 à 600 en moyenne), un abri pour les accumulateurs d'électricité, les ateliers de laquage et de garnissage des marteaux, enfin le réfectoire des ouvriers servant aussi de salle de réunions à la Société de secours mutuels et de salle des fêtes.
Plus loin s'étendent les communs, un magasin à fer et un hangar
couvert pour le séchage du bois près duquel se trouve un vaste réservoir
approvisionné de 50.000 litres d'eau.
Les allocations attribuées par cette Société aux malades sont de 2
francs par jour pour les hommes et de 1 fr. 50 pour les femmes et apprentis,
pendant les 6 premiers mois, de 1 franc pendant les 3 mois suivants et de 0
fr. 50 pendant les 3 derniers mois, de telle sorte pourtant que l'indemnité
accordée aux sociétaires hommes ne dépasse pas 500 francs et que celle des
femmes et apprentis n'excède pas 405 francs par an. ÉTABLISSEMENTS
GAVEAU ÉTIENNE GAVEAU, ADMINISTRATEUR-DIRECTEUR - SIÈGE SOCIAL : 45 ET 47, RUE LA BOÉTIE, PARIS - USINE MODÈLE A FONTENAY-SOUS-BOIS
En 1907, le siège social fut installé dans l'immeuble qu'il occupe aujourd'hui, 45 et 47, rue La Boétie, au cœur du quartier le plus élégant et le plus riche de Paris. Cette vaste construction à sept étages commencée en 1906 contient non seulement les services administratifs, les magasins de vente et les ateliers de révision, mais encore deux salles de concerts où se donnent les séances des plus importantes Sociétés musicales telles que les Concerts Lamoureux, les Concerts Colonne, la Société Philharmonique, la Société Bach, etc. L'usine, située depuis 1898 à Fontenay-sous-Bois (Seine),occupe un quadrilatère de plus de 17 000 mètres carrés; les ateliers proprement dits représentent une superficie de 11 000 mètres carrés. Une commutatrice et un groupe électrogène distribuent le courant aux machines-outils. Deux chaudières assurent le chauffage général. Il n'existe pas de feux nus. A la veille de la guerre, les machines-outils de la scierie débitaient en douze mois 2 000 arbres de toutes essences et travaillaient au total plus de 6000 mètres cubes de pièces de bois constituant les diverses parties du piano. La consommation annuelle atteignait 48000 mètres carrés de placage, 3.000.000 de mètres linéaires de fil d'acier, 250000 kilos de fonte spéciale, 1.250.000 vis et 600.000 chevilles. La production moyenne s'élevait à 10 pianos par jour. Désireux de contribuer de façon directe à la Défense nationale, les Usines GAVEAU ont consacré depuis 1916, une part importante de leur activité à la fabrication de pièces pour l'aviation. L'outillage dont sont dotées ces usines et la présence parmi les ouvriers d'une main-d'œuvre spécialement exercée au travail du bois les ont mises à même de fournir en grandes quantités, durant la guerre, les plans supérieurs, les stabilisateurs, les empennages, les gouvernails, les dérives, bref, tout ce qui constitue les voilures de rechange des avions types Spad VII et XIII pour les armées française et américaine." Paru dans 1914-1918 L'aéronautique pendant la Guerre Mondiale, Maurice de Brunoff, 1919
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