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BUCHER [GAUSS]
à Paris (°1844)

1884

"MANUFACTURE DE PIANO - CE n'est point nous qu'on surprendra jamais à médire et à nous plaindre du présent, à regretter et à exalter un passé en désaccord avec nos mœurs et nos habitudes.

Que de plaintes stériles sur la disparition progressive de 1 immense piano à queue, où les cordes, disent avec raison ses fidèles amateurs, s'étalaient largement à leur aise, où le mécanisme avait ses franches coudées, où les ondes sonores se développaient largement dans de vastes espaces, et combien d'autres plaintes n'a-t-on pas formulées sur le piano droit, si étriqué, où l'on ne peut, dans une insuffisante capacité, installer des cordes d'une médiocre longueur qu'à l'aide de multiples artifices, etc., etc., etc

Nous faisons grâce à nos lecteurs des banales critiques du piano droit, qui a, du reste, un argument décisif en sa faveur : l'inéluctable nécessité, l'impossibilité d'installer d'autres instruments dans nos salons exigus.

Mais tandis que des amateurs pessimistes s'acharnaient à la critique inutile des conditions faites à l'art par les habitudes de la vie moderne, des facteurs plus intelligents et plus pratiques, comprenant que les récriminations contre des faits au-dessus de toutes les volontés ne sauraient conduire à aucune espèce de résultat, se sont attachés à tirer tout le parti possible de la situation qui leur était faite, et les obstacles ont eu pour eux les résultats qu'ils ont toujours avec les hommes énergiques, ils sont, devenus pour eux une occasion de triomphe, ils leur ont fourni le moyen d'accomplir des miracles.

Voyez les bons pianos américains, voyez les pianos des grandes maisons françaises qui ont le mieux soutenu la concurrence américaine, voyez la maison Bûcher et Gauss (ancienne maison Bûcher), et que l'on dise si les pianos à cordes croisées, avec cadre en fer, tels que les construit cette maison, ne réalisent pas toute la solidité, toute la sonorité qu'il est possible de demander à un instrument.

MM. Bûcher et Gauss nous semblent même avoir réalisé une condition plus difficile encore que d'obtenir dans des pianos droits l'ampleur des sons des pianos à queue, ces grandes harpes horizontales, ils ont donné aux sons de leurs pianos droits une tenue qui semble à peine conciliable avec le mode de production du son dans le piano quel qu'il soit.

Tout ceci (qu'on veuille bien nous comprendre), n'est pas une attaque directe ni indirecte contre le piano à queue, mais la simple constatation de ce lait que les grands facteurs, que MM. Bûcher et Gauss ont triomphé, d'une façon aussi heureuse qu'inattendue, des difficultés très grandes que leur présentaient les pianos droits, de l'exiguïté relative des cordes, de la condensation du mécanisme, etc.

Il ne faut rien exagérer, et quand on va répétant partout que le piano à queue est une espèce disparue au même titre que le mammouth ou l'ours des cavernes, on commet une exagération certaine. Non, le piano à queue n'est pas mort; mais fût-il décédé, nous aurions maintenant quelque hésitation à le pleurer.

Il nous a été donné, ces jours derniers, de tapoter sur les touches (notre talent d'artiste ne va pas plus loin) de pianos sortis des ateliers de MM. Bucher et Gauss (99, rue du Faubourg-du-Temple) et exposés dans leur maison de vente de la rue du Faubourg-Poissonnière, 31 ; nous avons retrouvé et essayé d'autres spécimens du même type dans la succursale que la même maison possède boulevard Malesherbes, 18, et nous croyons, après expérience, qu'il faut être bien pessimiste, bien prévenu ou bien superstitieux pour rien regretter du passé, pour prétendre que l'exécution musicale, faisant exception à la loi générale du progrès, a perdu quoi que ce soit.
Ce qui nous a plus particulièrement intéressé, dans la production de la maison Bûcher et Gauss, ce sont, parmi ses pianos droits, ses pianos à cordes croisées.

Et pourquoi, sera-t-on tenté de nous demander, pourquoi cette prétërence?

Parce que le piano à cordes croisées de MM. Bûcher et Gauss a pour nous le mérite de résoudre d'une façon tout à fait heureuse une très grosse difficulté; c'est que ces éminents facteurs ont eu l'habileté vraiment singulière de donner à un instrument d'une extrême condensation une sonorité égale à celle de ces enconbrantes machines qu'on appelle des pianos à queue; c'est qu'ils sont arrivés à y réaliser cette tenue du son qu'on avait si longtemps et si vainement demandée aux pianos; c'est, pour nous résumer d'un mot, qu'ils ont su se plier aux exigences de la vie actuelle, et que tout en subissant ces réductions de volumes qu'imposait l'exiguïté des salons modernes, ils ont su nous éviter un sacrifice que d'autres avaient cru inévitable : ils ont donné à leurs pianos des proportions discrètes, mais ils leur ont laissé et ils ont accru l'amplitude de leur sonorité. A.C." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 1884, p. 226 (gallica.bnf.fr)

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pianos français 1840 - 1849


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