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BARROUIN
de Paris (°1849)

1889

Brevet de 1889 : "RAPPORT PRÉSENTÉ A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, SCIENCES ET BELLES-LETTRES DE LA LOIRE, AU NOM DE LA COMMISSION NOMMÉE POUR EXAMINER LES BREVETS DE M. F. BARROUIN, FACTEUR DE PIANOS A PARIS, 91, RUE DE SÈVRES, ET NOTAMMENT LE BREVET RELATIF AU DURCISSEMENT DES CLAVIERS

Monsieur le Président,

C'est avec une peine bien profonde à la fois et avec un grand plaisir que j'ai accepté la mission que vous avez bien voulu me faire l'honneur de me confier.

Ce premier sentiment de tristesse, vous l'éprouvez certainement comme moi: il est causé par l'absence momentanée et la grave maladie de celui qui devait, avec sa haute compétence musicale, rédiger ce rapport. Ce qui raffermit ma parole moins autorisée, c'est la certitude d'avoir fidèlement, dans ces lignes, exprimé l'opinion, entièrement conforme à la mienne, de votre vénéré collègue.

Mais j'éprouve aussi une grande joie, c'est de pouvoir rendre hommage au mérite discret, au labeur opiniâtre, à l'ingéniosité pénétrante qui, à travers d'épaisses et deuloureuses ténèbres (M. F. Barrouin est aveugle.), a su non seulement perfectionner des mécanismes qu'on ne croyait plus susceptibles de perfectionnements, mais encore résoudre, avec une simplicité d'organes vraiment remarquable, un problème difficile et compliqué.

Si je puis, tout d'abord, vous donner quelques indications générales sur la facture des pianos, système Barrouin, j'insisterai sur les efforts incessamment tentés pour simplifier toutes les parties de ces instruments.

Je ne saurais trop louer cette tendance, marque d'un vrai mérite. J'ai eu le plaisir de passer quelques jours auprès de notre compatriote : son esprit inventif est toujours en éveil. Et que cherche-t-il? Sont-ce des choses extraordinaires ? Non. Il cherche et, je puis le dire, il trouve toujours un moyen plus naturel, moins détourné, plus rapide et plus simple de faire aussi bien que les concurrents.

Dirai-je que les pianos de M. Barroin sont supérieurs à ceux des grandes maisons Pleyel, Erard, etc.? Je craindrais de paraître exagérer de parti pris, bien que certaines améliorations, apportées notamment dans la construction des pianos à queue, me semblent constituer un très réel progrès. Mais, si je considère la facilité du montage, des réparations et de l'entretien en général, je suis bien obligé de déclarer que le piano Barrouin l'emporte sur les pianos de ces maisons si renommées.

Qu'une note soit cassée, vous êtes obligé de faire démonter une série de plusieurs octaves dans l'Erard. Dans le piano Barrouin, chaque note se démonte séparément et extérieurement. Qu'un des organes si délicats de la transmission se déplace sous l'influence de la température, nous retrouvons dans l'Erard la même difficulté de redressement.

M. Barrouin évite ces inconvénients, soit en renversant une tige, soit en déplaçant une pièce. Bref, le piano Barrouin est supérieur pour tous ceux qui admettent qu'entre deux instruments également bons sous tous les rapports, le moins compliqué, le plus facile à entretenir et à réparer est le meilleur.

Cet esprit naturel et droit de M. Barrouin se retrouve au plus haut degré dans l'invention qui fait le principal objet de ce rapport. Il s'agissait de trouver un appareil régulateur, pouvant durcir graduellement, au goût de l'exécutant, le toucher des pianos, et d'obtenir cette graduation du toucher normal le plus doux au degré le plus dur des claviers des grandes orgues. On avait tenté souvent de réaliser ce rêve, c'en paraissait un en effet. Il fut essayé bien des mécanismes compliqués et que leur complication même, en les exposant trop aux dérangements, rendrait impraticables.

M. Barrouin s'était promis de résoudre la question. Après bien des études, après de longues veillées consacrées à la méditation (car notre compatriote n'exécute jamais rien avant d'avoir bâti de toutes pièces son appareil dans sa tête), il trouv aenfin, tout surpris d'avoir cherché si longtemps, une solution qui lui paraissait désormais si simple.

En voici la description :

Pour obtenir une pression uniforme et constante sur toutes les touches du clavier, quel que soit l'état de l'atmosphère, M. Barrouin a imaginé un régulateur qui se compose d'une tringle creuse, sorte de barre en bois, genre fer à U renversé, fermé à ses extrémités et dans laquelle il place un boudin ou tube en caoutchouc sur tissu, contenant un corps pesant, manière à ce que le tube ondule, le poids intérieur étant grains.

Ce tube, renfermé dans l'U de la barre, y coulisse librement et glisse sans presque de frottement sur le clavier. La angle creuse porte à ses extrémités une cheville filetée ; cette cheville sert de vis pour régler l'enfoncement ou la uteur du régulateur.

Cette cheville tourne dans un manchon métallique fixe, taraudé à l'intérieur, monté sur une tringle onde, carrée ou triangulaire, servant de guide et supportée par des paliers formant coulisseaux, ladite tringle butée pour diriger et limiter la course du régulateur, lequel ne peut se déplacer qu'entre les pointes du balancier, à l'extrémité de bascule ou taquet.

La tringle porte des encoches dans lesquelles peut entrer le têton d'un pène à mouvement parallèlogrammique au moyen de bielles, ledit pène étant sans cesse poussé vers la ringle par un ressort.

A l'extrémité de la tringle, à droite et à gauche des ivoires du clavier, se trouve fixée une broche verticale servant d'axe le rotation au manchon porte-came ayant un bouton, métallique faisant saillie au-dessus du bloc; ledit bouton taraudé et vissé à l'extrémité de la tringle, coulisse, en pressant un ressort, dans la plaque au pène numéroté, arrête le panneton par degrés réguliers, par la paillette ou ressort se fixant dans les crans progressifs à droite et à gauche du clavier, donnant ainsi la régularité ou changement de dureté sous les doigts.

Il est facile de comprendre qu'en poussant le bouton du régulateur en arrière, on durcira le clavier du piano, tandis qu'en le ramenant en avant, on donnera au clavier son toucher normal.

Telles sont les remarques et observations que j'ai pu faire sur les pianos Barrouin en général et sur l'invention spéciale du durcissement des claviers. Vous voudrez encourager notre compatriote et récompenser ses brillants travaux en lui décernant la plus haute récompense dont vous disposiez.

Le Rapporteur,
E. DUPLAY." Annales, Société d'agriculture, industrie, sciences, arts et belles-lettres du département de la Loire, 1889, p. 147-149

1892

Brevet de 1892 : "Régulateur de touches de piano, par M. Barrouin, facteur de pianos, rue de Sèvres, à Paris. M. Barrouin, facteur de pianos, a imaginé un appareil simple, peu coûteux et susceptible d'être appliqué aux pianos déjà construits, afin de permettre aux exécutants de graduer à volonter la résistance des touches [...]." Lire la suite dans Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale, 1892. 91e année. 4e série, tome 7, p. 442

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Pianos français 1840 - 1849


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