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SOCIÉTÉ DE
FACTEURS DE PIANOS

à Paris (°1849)

1910

 LE PIANO MODERNE
La Société des Facteurs de Pianos de Paris

L'ÉVOLUTION de l'homme dans la société moderne est surtout indiquée, soulignée, dirigée par des différences de goûts et de modes qui témoignent qu'au terme de nombreuses et millénaires transformations, il n'est plus guère susceptible de varier que dans les petits détails de son existence quotidienne.

Nous nous voyons aujourd'hui enthousiasmés par des pratiques sportives, comme nous l'avons été il y a quelques années par une idée de justice, et notre époque est celle de l'ardeur musculaire comme 1830 marqua celle de la coquetterie et du rêve, de la faiblesse même, qui poétisa la tuberculose sous le nom de maladie de langueur.

Ce sont là des différences d'orientation du goût qu'il est facile de noter et qui prennent naissance dans des combinaisons d'événements, dans, des associations d'idées assez fortes pour déterminer un courant et susciter une oscillation de nos préférences et de nos habitudes.

C'est par cela que l'idéal collectif paraît se modifier, d'une époque à l'autre, au point d'influencer toute la destinée et l'avenir d'une nation.

Mais, si nous nous représentons l'agitation humaine comme une mer mobile, nous, pouvons constater que c'est à la surface, à la crète des vagues que nos goûts et nos mœurs se modifient sans cesse, alors que le fond resté calme et comme composé d'éléments immobiles : l'amour des sports, les exercices physiques, des déplacements, voilà pour la surface des sentiments variables, alors qu'au fond l'amour du foyer, du confort, de la famille sont les sentiments éternels non susceptibles d'être atteints.

Une foule de penchants demeurent en nous, comme celui du bien-être, de la bonne chère, du beau décor, et ce sont des aspirations immuables qui ont servi d'axes à nombre de progrès ayant pour but de les satisfaire plus amplement.

Parmi ces sentiments innés, celui de la musique est le, plus ancien peut-être et celui qui durera le plus longtemps dans l'humanité, tant il est fait pour combler les plus ardentes, les plus secrètes, les plus douces et les plus véhémentes aspirations de notre cœur.

L'art musical n'a rien perdu de son charme en notre siècle d'affaires, d'activité, d'entraînements physiques, et s'il sort victorieux de cette rude épreuve, nul doute qu'il ne puisse marcher à la conquête pacifique de l'avenir le plus brillant.

La façon la plus simple de voir si un art périclite, c'est d'examiner l'état de prospérité des industries qui lui doivent la vie.

Le 6 juin 1880, notre journal consacrait une étude dètaillée et élogieuse à la Société des Facteurs de Pianos de Paris, organisation très vivante, remarquablement outillée pour une production impeccable, et qu'il nous a semblé intéressant de revcir trente ans après, afin de nous rendre compte des tendances de cette période.

Eh bien — et nos lecteurs s'en doutent — la musique est un art en progression et l'automobile, qui a élargi le home, n'a pas fait du piano un meuble, désuet.

La Société des Facteurs de Pianos de Paris, toujours à la tête de son industrie, a de bonnes raisons pour croire que le sentiment musical est un de ceux contre lesquels la mode ne peut rien.

Fondée en 1849, cette Société a suivi le cours de son évolution normale sans connaître d'événements défavorables dans l'histoire contemporaine.

Non seulement nous la retrouvons à sa même adresse, 54, rue des Poissonniers, dans sa propriété, mais nous la trouvons agrandie, à la tête d'un mouvement plus important d'affaires, tous signes qui éclairent aussitôt notre religion.

En effet, en 1880 le nombre de pianos qui sortaient de ses ateliers tétait de 310, alors qu'aujourd'hui ce nombre s'est élevé à 1,050.

Depuis
1902, la raison sociale est devenue Champ, Rameau et Cie, et c'est sous la conduite aimable de M. Champ que nous avons pu visiter les ateliers de cette importante manufacture dont la superficie couverte ne mesure pas moins de 300 [?] mètres carrés environ.

C'est au cours de cette intéressante visite que nous avons pu remarquer qu'un bâtiment de quatre étages était venu s'ajouter au précédent, matérialisant en quelque sorte la progression de ces trente ans.

Guide aimable autant que directeur compétent, M. Champ nous dit à quoi il faut attribuer le progrès de son industrie ; le piano, qui est en même temps un meuble, un instrument d'étude et de distraction et un ami fidèle, au même titre que le, livre, s'est démocratisé, et il n'est pas d'intérieur digne de ce nom qui n'en mette un à la disposition de, ses hôtes.

Longtemps considéré comme un meuble de luxe, il est devenu indispensable dans toute éducation sérieuse et, par suite de l'accessibilité de, son prix, il étend les bénéfices de l'art qu'il représente aux plus modestes classes de la société.

Dans cette manufacture, qui a toujours eu la réputation de bien faire, nous rencontrons les, modèles les plus divers, depuis le meuble de salon, l'instrument d'artiste, jusqu'au piano du débutant, dont les premières qualités doivent être la solidité et le, bon marché qui permettra de changer l'instrument après la période d'étude.

 

Piano d'études, Le Panthéon de l'industrie :
journal hebdomadaire illustré, 1910
, p. 5-6 (Gallica)

Piano de salon, Le Panthéon de l'industrie :
journal hebdomadaire illustré, 1910
, p. 5-6 (Gallica)



La plus grande variété de types est nécessaire pour satisfaire la clientèle la plus diverse, et c'est ainsi que nous pouvons mentionner au passage les pianos demi-obliques, et toute la gamme des pianos droits à cordes croisées, verticales, et en toutes essences de bois.

On sait que le barrage est la charpente du piano ; cette partie importante est ici l'objet de soins particuliers et. un atelier spécial, au troisième étage, établit ce squelette suivant les procédés les plus satisfaisants et les mieux éprouvés.

Partout, d'ailleurs, nous pouvons nous rendre compte que l'expérience domine tout effort et que rien n'est livré au hasard dans un ordre de choses où le moindre détail a son importance et influence le voisin.

C'est dans ce même atelier que se fait le tablage ou établissement, de la table d'harmonie.

Les ateliers de filage et de montage des cordes sont au second, ainsi que celui où se confectionne le meuble ; au premier étage, se trouve l'atelier de finition, oÙ toutes les petites pièces de mécanique, l'innombrable jeu des marteaux et le clavier sont mis en place, ce qui donne au piano sa physionomie définitive.

Mais cela n'est pas suffisant et, pour que l'instrument parle, il faut qu'il soit descendu au rez-de-chaussée, où l'on procède à son accord et Ù son habillage. Il est là mis au point, orné de flambeaux et de pupitres, etc.

Il est alors prêt pour l'expédition.

Notons, parmi les-modifications les plus intéressantes de cette fabrication, la substitution au barrage en bois, du barrage en fer, plus résistant, insensible aux variations atmosphériqnes et plus durable.

Les pianos se font, aujourd'hui, le plus communément en noyer ciré et en palissandre, avec cordes croisées. Grâce à une méthode rationnelle de travail, la Société des Facteurs de Pianos de Paris, a pu conquérir l'avenir que noire journal, il y a trente ans, lui avait prédit.

Disons donc, en manière de conclusion, que nos lecteurs seront heureux autant que nous de la revoir si prospère le dernier stade d'une brillante, complète et très normale évolution." Le Panthéon de l'industrie : journal hebdomadaire illustré, 1910, p. 5-6 (Gallica)

Pour les références voyez la page
pianos français 1900 - maintenant


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